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Combien de temps Soliman a-t-il couru ? Ça m’a paru des heures et ce n’était peut-être que quelques minutes. Peu à peu, il a ralenti, puis s’est arrêté. Je me demandais si j’allais trouver entiers mes compagnons, ceux de l’arrière surtout. Heureusement, aucun n’avait eu d’accident ; mais ils n’en pouvaient plus, les pauvres ! Dès l’arrêt, il se sont effondrés à terre…
… et, deux minutes après, ils dormaient comme des loirs. Moi, ayant été à califourchon pendant cette course, je n’avais pas eu de fatigue, seulement de la peur. Je me suis mise à me promener de droite et de gauche. L’endroit où nous étions formait…
… comme une plate-forme à flanc de montagne. De là, on découvrait une grande étendue, et le pays était assez joli. Pour le mieux regarder, je me suis assise Sur un rocher. Mais je n’y suis pas restée longtemps.
Brusquement, j’ai sauté sur mes pied, affolée : le rocher parlait. Il disait : « Eh là ! la jeune personne, si c’était un effet de votre bonté d’aller plus loin ! Vous n’êtes pas en plume vous m’étouffez. »
Je m’étais éloignée de ce rocher, et je commençais à me calmer, je me disais que j’avais dû rêver, quand un petit arbre près duquel j’étais s’est mis à parler à son tour. Il a crié : « Eh ! la Bretonne, empêchez donc votre chameau de manger mes branches. »
Du coup, toutes mes terreurs me sont revenues. J’ai poussé un vrai hurlement de détresse qui a réveillé mes compagnons. Pendant que je leur racontais ce qui venait de se passer, le rocher et l’arbre se sont entr’ouverts : de chacun d’eux un soldat français est sorti. Ils sont venus à nous en riant à se tordre…
… et ils nous ont expliqué tout le mystère. Soliman nous avait conduits juste aux avant-postes alliés. Le rocher, l’arbre étaient truqués, camouflés, comme on dit à présent, pour servir de cachettes et permettre d’observer les mouvements de l’ennemi. « Mais, ajoutèrent les deux soldats, ses mouvements, c’est en arrière, maintenant, que l’ennemi va les faire. »