‹ Bécassine chez les TurcsChapitre 8 sur 61 · 8

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Bécassine demeura d’abord sans paroles, éblouie par l’idée de faire fortune. Puis un peu de méfiance lui vint. Elle demanda :

« C’est-y sûr, au moins, votre combinaison ? Des fois, vous savez, dans le commerce on croit s’enrichir, puis on se met dans les embarras et les dettes. » Mais César protesta qu’il n’y avait rien à craindre avec un associé tel que lui. « Venez dans le magasin, signorina, acheva-t-il ; vous allez voir ce que mes clients ils pensent de moi. » Ils entrèrent.

Le patron dudit magasin, M. Piccolo, marchand de nouilles, mortadelle et gorgonzola, entouré de sa famille, ne se lassait pas de regarder, avec admiration, le revers du chef-d’œuvre dont nous avons montré l’autre face à nos lectrices.

César le pria de dire à Bécassine son opinion sur lui.

Et il précisa : « Est-ce qué zé souis oune homme de talent ? — Non, répondit M. Piccolo. — Alors quel homme qué zé souis ? » D’une seule voix, la famille répondit :

« Vous êtes un homme de génie ! » César se redressa, rejeta la tête en arrière, et reprit : « Z’ai dou zénie, cela est certain, le grandiose zénie de Michel-Ange, en plous moderne ; ma le Parisien il n’aime pas le grandiose, il aime les çozes drôles, fantaisistes…

« … Z’en cerçais, sans en trouver, Signorina, quand zé vous ai rencontrée. Tout de souite ze m’ai pensé : la fantaisie, c’est Bécassine. » Flattée, notre héroïne salua. Cependant, César développait son plan.

La mode était aux bandes de papier pour fenêtres ; il en découperait à l’image de Bécassine ; ensemble ils iraient les vendre, les poser. Succès certain, fortune assurée. Son enthousiasme persuada Bécassine. Spontanément, Piccolo déclara qu’il mettait cent francs dans l’entreprise ; et ainsi, sans notaire ni papier timbré, fut fondée la société « César, Bécassine et C. »

César demanda à son associée de l’accompagner à son atelier. Avec quelle emphase il disait : « Mon atelier ! » Le trajet, métro et tramway, fut long. Aux fortifications, ils continuèrent à pied…

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