‹ Bécassine mobiliséeChapitre 2 sur 61 · 2

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Zidore a dit je ne sais plus quelle plaisanterie qui nous a fait rire toutes les deux. Nous nous sommes donné une poignée de main en signe de réconciliation. Avec Maria, c’est dix fois par jour que nous nous fâchons et nous réconcilions. Elle est grognon, mais pas méchante…

… et je crois qu’elle m’aime bien au fond, tout en m’attrapant à l’heure et à la course. Tout de même, le soir, au moment où je fais mes réflexions (c’est en me déshabillant, avant ma prière), j’ai repensé à ce qu’elle avait dit…

… de notre maîtresse qui n’a pas beaucoup d’argent et à qui je ne suis pas utile, je me suis promis d’en toucher un mot à madame. Comme je manque de mémoire, j’ai noté ma résolution sur un bout de papier, avec le fameux stylo, qui a encore craché, naturellement !

Quelques jours après, M. Bertrand a reçu son ordre de départ. Il a été content en le lisant, parce qu’il était nommé à son ancien régiment. M Thérèse, quoique bien émue de penser que son mari allait être de nouveau en danger,…

… a été contente aussi parce que son régiment est dans les Vosges, et comme elle devait aller elle-même chez son père, en Alsace reconquise, ça leur permettait de partir ensemble, tous les deux, ou plutôt tous les trois, car Zidore suit son officier.

Le jour du départ venu, j’ai eu toutes les peines du monde à trouver un taxi. C’est du drôle de monde que ces chauffeurs. On leur propose une course bien payée et ils vous répondent comme si on voulait les voler.

Ils ont toujours à faire dans un autre quartier que celui où on veut aller : à Grenelle ou à Vaugirard quand on a besoin de se faire conduire à la gare de l’Est. Enfin j’en ai découvert un, réformé avec croix de guerre, qui a consenti à marcher, quand il a su…

… que c’était pour un officier. Celui-là, je dois le dire, était bien gentil et complaisant. Avec nos deux dames, le lieutenant, Zidore et les bagages, ça faisait un plein chargement. Quand tout a été casé, les valises et les gens, le chauffeur m’a dit :

« Et vous, la Bretonne, vous n’êtes pas de la promenade ? En se tassant un peu, vous pourriez tenir sur le siège. » Vous pensez si ça me tentait. M la marquise s’en est aperçue et elle m’a dit : « Allons, montez, Bécassine, puisque le chauffeur y consent. »

Pour tassés, c’est sûr qu’on l’était, et que, dans les tournants, j’avais de la peine à garder mon équilibre. Des fois Zidore avait juste le temps de me retenir pour que je ne tombe pas du siège, et d’autres fois, j’étais jetée sur le volant, ce qui gênait bien le chauffeur pour conduire.

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