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Enfin, on est arrivé sans accident sérieux : tout juste deux voitures qu’on a accrochées et un trottoir sur lequel on est monté. C’est des choses sans gravité à quoi on est habitué avec les taxis du jour d’aujourd’hui.
Je ne vous dirai pas grand’chose des adieux à la gare. Depuis tant d’années que dure cette maudite guerre, qui donc n’a pas conduit quelqu’un qu’il aime bien et qui part pour se battre ? Cette fois-là, comme toujours, ç’a été celui qui allait se battre…
… qui encourageait celles qui restaient. Grâce à un employé supérieur que connaissait M la marquise, nous avons pu passer sur le quai. Au départ, nous avons remué nos mouchoirs et nous sommes restées à regarder…
… quelques minutes encore après que le train avait disparu. « Allons, Bécassine, a dit Madame, il faut rentrer. » Nous avons retrouvé notre taxi et nous y sommes montées, moi dans l’intérieur, cette fois, avec Madame.
Nous étions bien tristes toutes les deux, et silencieuses. J’ai pensé qu’il fallait parler pour distraire ma chère maîtresse, et l’idée m’est venue que c’était le moment de lui toucher un mot de ce que m’avait grogné la vieille Maria.
Je lui ai dit : « Je peux-t’y prendre la liberté de demander à Madame ce qu’on va faire maintenant ? Sans doute que Madame va finir l’été dans sa propriété de Roses-sur-Loire ? » Elle m’a répondu : « Non, Bécassine. J’ai été obligée de louer Roses-sur-Loire. »
C’était visible qu’elle était contente que j’aie abordé ce sujet, et qu’elle était disposée à le continuer. Mais, à ce moment, le taxi s’est arrêté ; le chauffeur nous a dit : « C’est une panne, ne vous inquiétez pas, j’en ai pour deux minutes. »
Il a fourgonné je ne sais quoi dans son moteur. J’étais descendue aussi, je le regardais : c’est utile de s’instruire de ces mécaniques-là, vu que maintenant, à peu près chaque fois qu’on prend un taxi, on a une panne.
Quand c’est pas le chauffeur qui refuse de marcher, c’est le moteur. Au bout d’un quart d’heure, Madame s’est impatientée ; elle a payé ; nous sommes parties à pied, et, tout en marchant, nous avons causé.