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Ya même des choses amusantes, par exemple, de faire des belles étincelles en tirant à petits coups secs la corde de la perche (la perche, c’est cette grande tringle, au-dessus de la voiture, qui prend le courant dans le fil). Mais je n’ose jouer aux étincelles que quand Lemboîté regarde d’un autre côté.
Lorsqu’il me voit, il se fâche, il prétend que je saccage l’électricité, qu’il n’en restera plus pour sa mécanique, et il bougonne. Heureusement, Virginie vient à mon secours. Depuis qu’elle me sait de la campagne, elle prend toujours ma défense et trouve bien tout ce que je fais.
Pour finir de vous présenter mon tramway, je vous dirai encore que c’est un tramway d’habitués ; on a tous les jours à peu près les mêmes voyageurs, et de genre qui varie suivant le moment de la journée. Il y a l’heure des ouvriers d’usine, l’heure des militaires.
Il y a l’heure des ménagères revenant du marché : on ne voit que des paniers débordant de légumes et de fruits ; on n’entend que des gémissements sur le prix des denrées ; parfois il faut faire la chasse à une volaille mal attachée et qui échappe à sa propriétaire.
Enfin, deux fois par jour, il y a l’heure des mioches, dont je vais avoir à vous parler un peu longuement.
Le matin de mes débuts, étant à Porchefontaine, et sur le point d’en partir, nous avons vu arriver tout courants une dizaine d’enfants.
Virginie m’a expliqué qu’ils habitent le quartier. Leurs parents n’ayant pas le temps de les conduire, ils s’en vont ainsi chaque matin, tous ensemble, à leur pension, près des Chantiers ; ils en reviennent, ensemble aussi, le soir vers cinq heures. Les grands surveillent les petits.
Vous savez si j’aime les enfants. Je suis allée à la rencontre de ceux-là. Ils étaient tous bien gentils, le plus petit surtout, un blondin de six à sept ans, avec une frimousse de fille, toute rose, toute rieuse, et des yeux bleus de petit Jésus.
De voir un ange mignon comme ça, ça m’a positivement remué le cœur. Je l’ai pris dans mes bras ; il regardait le calot perché sur ma coiffe ; il gazouillait : « Tu es drôle, tu es zentille. » Moi, je répétais : « Oh ! le chérubin ! » et je ne me lassais pas de l’embrasser.
Virginie m’a pris le blondin des bras pour le faire monter dans le tram et elle m’a dit : « Il vous a empaumée, comme tout le monde, mais vous le verrez, votre chérubin, vous le verrez : C’est un vrai diable. » Sur le moment j’ai pensé qu’elle plaisantait ; je ne devais pas tarder à m’apercevoir qu’elle ne disait que la pure vérité.