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Je ne pouvais pas croire que mon petit ange de Chérubin était capable d’autre chose que de gentillesses. Il s’était assis au fond de la voiture, à côté de la porte, et il s’y tenait bien sage, avec ses yeux couleur de ciel levés vers le ciel… je veux dire vers le plafond.
Je n’ai pas tardé à voir qu’il ne fallait pas se fier à son air. Presque tout de suite après le départ, je rentrais de recevoir les places sur la plate-forme quand brusquement la porte s’est refermée sur ma jupe qu’elle a pincée. Ça m’a arrêtée dans mon élan et j’ai failli m’asseoir par terre.
« Si tu recommences, Chérubin, je te battrai comme blé en grange », a grogné Virginie. Il paraît que c’était lui qui avait refermé la porte sur moi. Je ne m’en serais pas doutée tant ç’avait été fait rapidement et tant il avait repris vite sa pose d’avant mais Virginie, plus accoutumée à ses manières, avait vu son geste, et il n’avait pas échappé non plus aux enfants. Ils riaient entre eux, ils se poussaient du coude et ils parlaient tout bas en se montrant le Chérubin, plus Chérubin que jamais.
Eh bien ! cette farce-là n’était rien à côté de ce qu’il me réservait pour le soir. À cinq heures, nous avons revu la bande des enfants. En nous attendant, ils jouaient autour d’un wagon de la voie de garage qui est sur la place, devant la gare.
Ils étaient presque tous perchés sur le marchepied de ce wagon. Je me suis demandé ce qu’ils y faisaient. Je me suis approchée. Ils ont paru gênés et il m’a semblé que l’un d’eux cachait derrière son dos, puis passait au Chérubin…
… quelque chose qu’il ne voulait pas que je voie. Mais à ce moment, le père Lemboîté nous a appelés. Ils ont couru comme une volée de moineaux vers le tram ; ils ont grimpé dedans en se bousculant et en se faisant des niches.
Le Chérubin venait le dernier ; il était le seul à marcher sagement et il avait un air tout sérieux. « Ayez l’œil sur lui, m’a recommandé Virginie ; c’est lorsqu’il fait son petit saint Tranquille qu’il faut s’en méfier le plus. » Je l’ai embrassé à la volée quand il a passé devant moi,…
… et puis je n’ai plus eu le temps de m’en occuper, vu que, cette fois, le tram était plein, et que même avec l’aide de ma camarade, j’avais assez de peine à vérifier les billets, recevoir les sous et rendre la monnaie des pièces blanches.
Quoique ayant l’esprit tendu à ne pas me tromper, au bout de quelques instants j’ai remarqué qu’à mesure que j’avançais dans la voiture, il y avait de l’agitation et des rires derrière moi. Ça a commencé par un militaire qui a dit : « Puisque c’est comme ça, je vais ouvrir la fenêtre. » Il l’a ouverte.