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Le lendemain de ma conversation avec Lemboîté, vers cinq heures du soir, j’avais profité de l’arrêt à Porchefontaine pour pousser une pointe jusqu’au bois des Gonards. Il faisait chaud à cuire un homard sans feu, ce qui me donnait envie de voir des arbres et de la verdure.
Je m’en revenais quand, sur la route, je me suis en tendu appeler. « Eh ! bonjour, mam’zelle Bécassine ! » J’ai reconnu le cocher d’une amie de Madame qui habite Jouy-en-Josas. « — Bien le bonjour, M’sieur Victor, que j’ai fait. D’où que vous arrivez comme ça avec votre calèche ? »
« — De chez nous donc. Votre dame y déjeunait aujourd’hui. Comme elle n’avait pas de train commode pour s’en retourner, je l’ai ramenée jusqu’à l’octroi. Elle vient de monter dans votre tram. — C’est-y Dieu possible ! » Sans prendre le temps de dire au revoir…
… je l’ai quitté, j’ai galopé. Je répétais : « Madame qu’est dans mon tram !… Madame qu’est dans mon tram !… » et ça me faisait un effet, une émotion !… Pensez donc, ce tram, c’est, autant dire, mon chez moi. Madame avait la bonté d’y venir en visite…
… et je n’étais même pas là pour l’accueillir et l’installer ! Je suis montée en coup de vent. « Bonjour, ma bonne Bécassine ! » qu’a dit Madame. Elle avait son air aimable de toujours, et, toute marquise qu’elle est, elle était assise dans ce tram bien simplement, comme une personne ordinaire.
J’ai dit : « Madame la marquise me fait bien de l’honneur… Je suis confuse. » Et tout en parlant, j’ai été frappée de la saleté de notre voiture : les bouts de cigarettes par terre, les vitres brouillées, les morceaux de journaux qui traînaient. J’ai sauté sur ma brosse et mon torchon…
… et j’ai commencé d’astiquer à tour de bras. Ça fait une poussière, un vrai nuage. Madame s’est levée ; elle toussait ; elle disait : « C’est inutile… ne vous donnez donc pas tant de peine, ma bonne Bécassine. » Moi, je continuais d’y aller de toute la vigueur de mes bras.
Pour une fois que Madame venait chez moi, j’aurais eu honte de la laisser dans un pareil fumier. Quand ça a été un peu rapproprié, comme il restait quelques instants avant le départ, j’ai appelé Lemboîté, il est venu…
… et je l’ai présenté comme j’ai vu que fait Madame dans ses réceptions : « Le père Lemboîté, notre conducteur… Ma bonne maîtresse, Madame la marquise de Grand-Air. » Il n’a pas l’habitude de causer avec des marquises, ce brave père Lemboîté ; il était intimidé.,.
… il tortillait sa casquette tout en saluant ; mais il a été très bien ; il a dit : « Mame la marquise, le conducteur, l’électro et la mécano, on est aux ordres de mame la marquise. » Elle lui a répondu qu’elle était enchantée de voyager dans sa voiture…