‹ Bécassine mobiliséeChapitre 29 sur 61 · 29

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… et elle a ajouté d’autres choses que je ne saurais pas même répéter, tant c’était gentil et bien tourné. Il en était tout ému, et, en regagnant, sa plate-forme, il m’a glissé dans l’oreille : « Votre patronne, c’est pur métal, sans alliage. »

… et ça m’a fait plaisir. Il est monté quelques voyageurs. Au lieu de les laisser s’asseoir à leur fantaisie, comme d’habitude, je leur montrais leur place, je leur disais : « Mettez-vous ici, mettez-vous là. » Il y en avait qui obéissaient… C’était bien le moins…

… mais d’autres ne voulaient pas. Ça a fait quelques disputes, surtout avec un de mes clients de l’heure des arbres. J’ai tenu bon : Je ne pouvais pas permettre, n’est-ce pas, que M la marquise elle soit assise tout contre ces croquants-là. C’était bien le moins…

… qu’elle ait un petit coin pour elle toute seule. L’heure de partir est venue, on a démarré, et pendant quelques instants je n’ai pas pu m’occuper de Madame, vu que les affaires sont les affaires, et que j’avais mes places à recevoir.

Ça n’est pas tout à fait exact de dire que je ne m’occupais pas de Madame. Tout en touchant mes sous et en distribuant mes tickets, je la guignais de l’œil et je riais sous cape, parce qu’elle avait sorti son porte-monnaie…

… et, chaque fois que je passais près d’elle, elle me disait : « Prenez ma place, Bécassine… Combien est-ce ? » Je faisais celle qui n’entend pas, mais j’entendais très bien et je m’amusais d’avance de la surprise que Madame allait avoir. Quand j’ai eu fini ma recette, elle m’a appelée, et elle m’a dit : « Vous m’avez oubliée, Bécassine. »

Puis, en me tendant son porte-monnaie, elle a ajouté : « Tenez, payez-vous. » Mais j’ai refusé et j’ai dit : « C’est payé. — Comment, c’est payé ? Je ne vous ai pas donné d’argent. — C’est payé tout de même, Madame. » Les voyageurs s’étaient rapprochés.

Mon croquant de l’heure des arbres a commencé de grogner : « Alors, y a des voyageurs qui ne payent pas, et c’est les plus riches ! C’est-y de l’égalité, ça ? » Ah ! je ne l’ai pas laissé causer longtemps, celui-là. Je lui ai crié : « Et si ça me plaît de payer de mes sous, c’est-y mon droit ?…

« … Et la compagnie, elle y perd-y quelque chose ? » Puis, revenant à Madame, j’ai expliqué : « Quand Madame reçoit chez elle, elle ne fait pas payer, n’est-ce pas ? Et pour une fois que Madame me fait l’honneur de venir chez moi, je prendrais ses sous ! Ça serait du joli…

« … j’aimerai mieux me couper les mains. — Comme vous voudrez, ma bonne Bécassine, a dit Madame ; je vous remercie. » Et elle a remis le porte-monnaie dans son sac. J’étais contente ; ça allait très bien, ce petit voyage ; malheureusement, ça ne devait pas tarder à tourner au drame.

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