‹ Bécassine mobiliséeChapitre 4 sur 61 · 4

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C’est Madame qui a renoué la conversation. « Bécassine, qu’elle m’a dit, non seulement j’ai loué Roses-sur-Loire, mais, comme je suis à fin de bail pour mon appartement de Paris, je vais le quitter : il est trop grand et trop cher…

« … Je n’aurai plus qu’une seule installation, très simple, très modeste, à Versailles. » En entendant ça, je n’ai pas pu m’empêcher de crier : « Alors, « c’est vrai que Madame est ruinée ? » et je l’ai crié si fort que les passants se sont retournés.

« — Taisez-vous donc, a fait Madame ; j’ai horreur de me donner en spectacle. » Elle a marché un peu en silence, avec moi bien penaude à côté d’elle, et puis elle a repris : « Non, je ne suis pas ruinée, gênée seulement et obligée de me restreindre…

« … parce que depuis la guerre, mes propriétés ne me rapportent presque plus rien. Je ferai une première économie en n’ayant qu’un petit appartement ; cela me permettra aussi de n’avoir qu’une seule bonne. Et à ce propos, Bécassine… » Elle s’est arrêtée de marcher et de parler, comme hésitant à dire la fin, et moi j’attendais, le cœur battant bien fort, car je devinais ce qui allait suivre. Mais à ce moment nous avons entendu du côté de la chaussée…

… une voix qui criait : « Madame ! Eh ! Madame ! » Nous avons regardé. C’était notre chauffeur qui appelait. Il riait, il disait : « Ça y est ; j’ai réparé. J’avais vu votre direction et je vous ai rattrapées. Ça m’ennuyait de vous laisser en plan au retour de conduire un officier…

« … d’autant plus que la dame m’avait donné un bon pourboire. Montez, je vais vous remettre chez vous. » Madame disait que ça n’était pas la peine, mais il a insisté et elle a cédé pour ne pas le contrarier.

Aussitôt dans le taxi, comme je voulais savoir ce que Madame pensait pour la chose dont on parlait avant, c’est moi qui y suis revenue, et j’ai dit : « Alors, comme Madame n’a plus besoin que d’une bonne, et que Maria la servira mieux que moi, elle va me renvoyer. »

Àpeine j’ai eu dit ça, ç’a été plus fort que moi, je me suis mise à sangloter. Je répétais : « Oh ! la la ! Oh ! Nec ! Aller chez les autres, moi que je n’ai jamais quitté la famille ! Moi que j’aime tant Madame, et M. Bertrand, et la jeune Madame, et toute la famille ! Oh la la ! Oh la la ! » Madame était tout émue.

Elle m’avait pris les mains ; elle me consolait, même elle m’a tamponné les yeux, et avec son mouchoir à elle, son mouchoir qui a une couronne de marquise brodée dans le coin. Elle a dit : « Il ne s’agit pas de vous renvoyer. J’avais pensé…

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