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… d’être soulagé d’un poids de cent kilos, il a expliqué : « Marquise, les malfaiteurs ont échoué dans leurs projets criminels : le tramway est retrouvé, — Il n’a jamais été perdu, a riposté Madame ; personne n’a tenté de le voler. Je vais, mon cher ami, vous raconter ce qui s’est passé. »
Comme vous connaissez l’histoire aussi bien que moi, je ne vous répéterai pas le discours de Madame ; je vous dirai seulement que c’était joliment bien tourné ; pas un avocat au monde ne nous aurait défendus, le père Lemboîté et moi, comme Madame a fait. Même qu’entrée dans ce bureau toute confuse, peu à peu, je relevais le nez, je ne trouvais plus…
… ma faute si grande. C’était probablement l’avis aussi de M. Ledoux : il me regardait d’un air indulgent. Il a dit : « Brave fille… Nature des serviteurs d’autrefois… Cœur d’or ! » Et ça m’a tellement touchée que j’en ai sangloté dans mon mouchoir.
« Calmez-vous, mon enfant », a fait M. Ledoux en me tapotant les mains. Il a ajouté : « Il faut conclure, Lemboîté en sera quitte avec une semonce… Mais il y a eu manquement grave au règlement, scandale public ; si louables qu’aient été vos motifs, Bécassine, je suis obligé de sévir…
« … Vous ne faites plus partie de notre administration… Rendez-moi votre calot, ma pauvre enfant. »
Un calot c’est rien du tout un bout d’étoffe, une coiffure, pas bien belle ; pourtant, avant de me séparer du mien, je n’ai pas pu me retenir de l’embrasser : il représentait…
… mon tram, mes amis de travail, mes voyageurs, des gens et des choses que j’aimais bien. M. Ledoux m’a dit en core quelques mots gentils, et il a ajouté, en se tournant vers Madame : « Je ne regrette pas seulement Bécassine parce qu’elle a un cœur d’or, mais aussi…
« … parce que c’était une employée très utile. Tout Versailles la connaissait ; on prenait son tramway par curiosité, pour la voir ; elle devenait une attraction, un but de promenade, et nos recettes s’en ressentaient… J’aurai bien de la peine à trouver me autre receveuse-phénomène. »
Tout étant réglé et terminé, nous avons pris congé. Virginie attendait dans l’antichambre. M. Ledoux n’ayant plus besoin de l’interroger, elle est partie avec nous. Je ne disais pas grand’chose, encore émue de tous ces incidents ; Virginie, elle, n’arrêtait pas de causer.
Elle racontait qu’elle voulait quitter aussi les tramways parce que, moi n’y étant plus, elle ne pourrait plus parler d’agriculture avec personne ; alors il fallait réunir nos économies, nous associer, prendre ensemble une petite ferme, planter des pommes de terre, des vitelottes surtout ; et nous serions très heureuses…
… et nous deviendrions très riches. Peu à peu, elle me décidait ; j’allais dire oui ; mais comme nous entrions chez Madame, Maria m’a remis une lettre qui venait d’arriver pour moi. Je l’ai ouverte, et, après l’avoir lue, j’ai crié : « C’est de M. D. Bile… Bonne nouvelle !… Paraît que je suis mobilisée. »