‹ Bécassine mobiliséeChapitre 38 sur 61 · 38

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Presque à la porte de Versailles, sous les arbres d’une des larges avenues qui rayonnent de la ville du grand roi, on voit, alignées en longue file, des automobiles ayant un lamentable aspect de vieille ferraille. C’est le dépôt de la R. A. L. E. P. E. U. P. P. S. T.

Les bureaux sont installés dans un bâtiment en bordure de l’avenue. Au-dessus de la porte, on lit les lettres qui mirent à une si dure épreuve la perspicacité de Bécassine. Elles intriguent la plupart des passants qui discutent longuement de leur signification.

Arrivée de bonne heure, le jour de son début dans son nouvel emploi, notre héroïne se vit en avance de quelques minutes, et, pour passer le temps, inspecta une à une les autos, qualifiées de « légèrement endommagées ». À la quatrième voiture, elle fit une moue dédaigneuse et résuma son opinion en ces termes : « Tout ça, c’est des clous »

« — Dites des clous rouillés, fit une voix derrière elle, des clous affreux. » (La voix prononçait haffreux, sans liaison.) Bécassine se retourna et vit un homme grand et de large carrure avec des yeux vifs dans une figure placide. Il se présenta : Maubec, secrétaire du chef de la Ralep :

« … On dit Ralep pour abréger les abréviations, c’est plus commode. Et vous, vous êtes probablement la nommée Bécassine. Comme vous avez été dans les trams, le chef compte sur vous pour faire marcher ses clous rouillés. Vous serez maline si vous y arrivez…

« … Nous, ont y a renoncé depuis longtemps. » Maubec parlait lentement mais intarissablement. Sans laisser à Bécassine le temps de placer un mot, il reprit en regardant le ciel : « Jolie matinée aujourd’hui. Va faire un beau temps, haffreux. » Il discourut longuement…

… sur la pluie et le soleil, multipliant le mot haffreux, qu’il affectionnait et qu’il appliquait indistinctement à tout ce qui, en bien ou en mal, dépassait la moyenne. Pendant le monologue du secrétaire, nos deux personnages étaient entrés dans les bureaux de l’administration.

Bécassine profita d’un moment de mutisme de Maubec pour parler à son tour. « Le chef, demanda-t-elle, c’est un officier ? — C’est pas un officier, il porte un veston. — C’est donc un civil ? — C’est pas un civil, il a un képi. — Alors quoi que c’est ? — C’est le chef, voilà tout. »

Bécassine inspectait le bureau. Il ne présentait de remarquable qu’un tableau noir chargé de figures géométriques et un extraordinaire amoncellement de livres et de paperasses. Cela s’accumulait en paquets poussiéreux sur les meubles, sur les sièges, par terre, au long des murs.

« Faudra du plumeau et du balai dans tout ça », fit Bécassine en prenant machinalement un livre. » Touchez à rien, cria Maubec. Ah bien ! il en ferait une musique le chef, s’il vous voyait remuer ses bouquins. Ça serait haffreux ! »

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