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« … à vous chercher une bonne place, dans mon voisinage. Vous seriez venue souvent me voir ; mais n’en parlons plus, puisque cela vous fait de la peine. Je m’arrangerai. » Nous étions si troublées que nous ne nous étions pas aperçues que le taxi était arrêté depuis un bon moment. Il a fallu que le chauffeur…
… nous dise qu’on était arrivé. Nous sommes descendues ; Madame a eu de la peine à lui faire accepter une pièce de vingt sous ; il se trouvait assez payé avec son pourboire avant. Comme je passe facilement d’une idée à une autre…
… j’ai fait la réflexion que j’avais eu tort de dire du mal des chauffeurs et qu’il y a du bon monde partout. Je lui ai serré la main et, pour plaisanter, je lui ai promis que si jamais je devenais riche, ce serait lui qui conduirait mon auto.
Ça l’a fait bien rire et un peu aussi Madame. Elle est allée dans sa chambre où je l’ai suivie. Pendant que je l’aidais à mettre sa robe d’intérieur, elle m’a dit encore que je resterais avec elle, qu’il ne fallait plus penser à notre conversation.
J’ai dit oui, par politesse, mais je ne pensais qu’à ça. Je vous le demande, à vous qui me connaissez : Est-ce que je suis une fille à rester dans une maison où je ne sers à rien ? une fille à manger l’argent d’une maîtresse qui est bonne comme du pain, du pain d’avant la guerre ?
Non, vrai, je ne suis pas une fille à faire ça. Seulement, être bonne chez d’autres en quittant une place où j’étais quasiment comme de la famille, je n’aurai pas pu. Alors quoi faire ? Après m’être tortillé la cervelle pendant plus d’une heure…
… je me suis décidée à demander conseil à Maria. Elle m’a dit que le moyen de tout arranger, c’était de chercher une place à Versailles, pas une place de bonne, un emploi dans une administration ou une usine. Madame accepterait certainement que…
… j’habite chez elle, et comme je gagnerais de quoi payer ma nourriture, je ne lui serais pas à charge. J’ai trouvé que c’était une idée admirable. Nous avons été en parler à Madame, qui a dit qu’elle voulait bien, qu’elle serait contente de continuer à me voir.
Et moi aussi, je suis contente. Je voudrais déjà être à Versailles et placée. Parce que, faut bien le dire, si j’aime ma maîtresse, j’aime aussi le changement et les aventures.