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Agénor somnole dans son fauteuil ; Maubec et Bécassine n’osent parler, par crainte de troubler son repos. Profitons de leur silence pour esquisser l’histoire du chef de la Ralep.
M. Ténuse — c’est ainsi qu’il se nomme — était, avant la guerre, professeur de sciences au collège de Piton-le-Causse. Il s’occupait beaucoup de ses élèves, jeunes montagnards, auxquels il était nécessaire…
… de répéter plus d’une fois l’explication des théorèmes de géométrie et des équations algébriques ; son temps libre, il le consacrait à de longues promenades dans la campagne, fort belle en ce pays accidenté, mais qu’il ne regardait guère, car, passionné de lecture, il avait toujours un livre pour compagnon…
… et il était rare qu’il en détachât les yeux. Cela lui valait d’ailleurs une grande considération. Citadins et paysans l’appelaient « le savant ».
M. Ténuse eût vécu pendant de longues années, en pleine félicité, cette paisible existence, si, au début des vacances de 1913, il ne s’était senti atteint de légers troubles de la digestion. Il consulta le médecin, qui lui ordonna une cure à Vichy,
… et partit pour la célèbre ville d’eaux. À l’hôtel où il descendit, trônait la colonelle Carmencita Ippo. Un ami commun les présenta. Veuve depuis deux ans, désireuse de convoler en secondes noces, Carmencita venait-elle…
… à Vichy pour se soigner ou pour y trouver un mari ? Nous penchons pour la seconde hypothèse. Toujours est-il qu’elle éblouissait la table d’hôte par ses toilettes et par ses récits, où revenaient sans cesse le nom du brave colonel Ippo et des grands personnages…
… qu’il fréquentait de son vivant. Ébloui, Agénor le fut plus que personne. Timide et modeste, il fut flatté de voir celle qu’il prenait pour une grande dame lui prodiguer ses sourires. Un matin, il confia à l’ami qui avait fait la présentation, que son cœur était pris. Peu de jours après, on débouchait le champagne…
… à la table de l’hôtel, en l’honneur des fiançailles. Le mariage fut célébré à la fin des vacances. Et dès lors, la maison du professeur devint un enfer. Carmencita retira son masque d’amabilité et se montra telle qu’elle était : acariâtre, violente et hautaine. Elle accabla de son mépris le professeur…
… terrorisé. Sans cesse, et avec quel dédain ! elle le comparait à son premier mari. Le nom de Gonzalès était à tout instant sur ses lèvres. Le portrait de Gonzalès trônait dans toutes les pièces ;
… Gonzalès était le vrai maître du logis ; constamment, sa veuve vantait son bel air sous l’uniforme, sa distinction, son énergie. « Loui, disait-elle en son jargon, il était oune homme pour lé commandement ; vous…