‹ Bécassine mobiliséeChapitre 43 sur 61 · 43

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« — Et les autres ? demanda Bécassine. — Les autres, eh bien, dans huit jours, ils auront cessé d’être urgents ; alors je les mettrai aussi dans le placard. » Bécassine, charmée par l’ingéniosité de ce procédé, regarda avec admiration Maubec qui, flatté, se rengorgea.

Àce moment, la paix du bureau fut troublée par une nouvelle entrée de la colonelle. « Chef, cria-t-elle à son mari, vous né serez donc jamais oune militaire ! Vous avez laissé passer l’heure de la manœuvre de manivelle. Commandez le mouvement ! »

« — Manœuvre de manivelle ! répéta Agénor d’une voix aussi tonnante qu’il le put. Tout le monde dehors ; vous aussi Bécassine. Et, poursuivit-il en hésitant, je… je… je… ferai fusiller les retardataires. » Le personnel de la Ralep, composé en tout de cinq personnes…

… se, précipita dans l’avenue, s’aligna devant cinq des vieilles autos. Chacun prit en main une manivelle, et, au commandement du chef, commença de tourner. « Plous fort, plous vite », ordonnait Carmencita, impitoyable, quand elle voyait faiblir un des tourneurs.

Cette manœuvre était de son invention. Ignorante de toutes choses, plus particulièrement des automobiles, elle savait seulement qu’on met en marche ces voitures en tournant les manivelles ; au cours d’une scène orageuse, elle avait décidé son mari à faire tourner chaque matin, dans l’espoir…

… d’un départ de moteur qui ne se produisait jamais. « Fixe », daigna-t-elle enfin commander. Elle vint alors à Bécassine et lui dit : « Vous êtes ici pour faire marcher les autos ; si, dans huit jours, oune auto ne marche pas… fousillée. N’est-ce pas, chef ?… Mais… certainement… »

… concéda sans conviction Agénor. Puis, sa femme s’étant éloignée, il reprit son air de brave homme et rentra dans son bureau. « Voilà la vie qu’elle nous fait mener, dit Maubec à sa nouvelle amie : c’est haffreux ; mais on se débarrassera d’elle ; et voilà celui qui m’y aidera. »

L’homme qu’il désignait, type de chemineau à barbe broussailleuse, s’approcha de Maubec et lui dit, à mi-voix : « L’enquête avance, il y aura bientôt du nouveau. » Puis, apercevant Bécassine, il la fixa avec insistance…

… en mettant un doigt sur sa bouche. Notre héroïne le regarda s’éloigner, en se demandant ce que signifiait ce signe mystérieux et où elle avait pu rencontrer déjà cet homme, dont il lui semblait bien que la figure ne lui était pas inconnue.

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