‹ Bécassine mobiliséeChapitre 46 sur 61 · 46

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M. Dumarteau déjeunait rapidement afin de ne pas manquer l’heure fixée pour la vente. Comme un acteur, avant d’entrer en scène, répète ses expressions de physionomie, M. Dumarteau souriait. Il souriait à la bonne qui le servait, et, quand celle-ci rentrait dans sa cuisine, il souriait à sa côtelette, ou à la carafe, ou bien il souriait dans le vide.

M. Dumarteau sait que son sourire est pour beaucoup dans ses succès de commissaire-priseur, aussi s’exerce-t-il constamment à renforcer et nuancer son sourire. Son déjeuner expédié, il sortit.

Il montait, à pas pressés, l’avenue où est située la Ralep, quand Charrigou l’aborda : « Pardon, echecuge, monchieur le commichaire, dit-il, j’ai une combinaijon à vous échepliquer. » M. le commissaire fut contrarié de cette cause de retard ; mais le ferrailleur était un bon client ; il lui répondit donc, en épanouissant encore son sourire, qu’il serait positivement ravi de causer avec lui, que, toutefois, étant en retard, ils causeraient tout en marchant. « Cha va, cha va, riposta Charrigou… Ch’est de la vente qu’il ch’agit…

« J’ai envie de chinque des autos ; pas pour m’y promener, bien chur (ici, cet homme jovial éclata de son gros rire), mais pour les mettre à la ferraille. Cheulement, chi mon concurrent Fouillade me les voit poucher, il les pouchera auchi, hichetoire de me faire une farche.

« Et cha chera trop cher. Alors je ne vais pas jà la vente, j’y envoie ma cougine ; Fouillade ne la connaît pas ; vous la reconnaîtrez à che qu’elle est habillée en payjane. Quand elle vous regardera en faijant un chourire et un chigne de tête, tenez comme cha…

« … vous mettre chent chous d’enchère, et la vente chera faite au nom qu’elle vous donnera. Comme cha, Fouillade ne che doutera de rien. Vous voulez bien ? — Comment donc, mon cher monsieur Charrigou !… Trop heureux de vous être agréable. » Les deux interlocuteurs se séparèrent…

… et M. Dumarteau reprit sa course précipitée. Deux heures venaient de sonner quand il arriva devant la Ralep. « Mesdames, messieurs, dit-il, avec un sourire doucement contrit, je suis légèrement en retard ; veuillez m’excuser. Nous commençons. » L’adjudication des premières…

… machines se fit rapidement et sans incident. La sixième était une de celles que désirait Charrigou. Peut-être son ennemi Fouillade le devina-t-il, car il se porta acquéreur à cent francs. « À cent francs, répéta le commissaire. Quelqu’un met-il au-dessus ? Pressons les enchères, mesdames et messieurs. À cent francs, c’est donné. » Tout en faisant son petit discours, il cherchait des yeux la cousine de Charrigou.

Au troisième rang, il aperçut une paysanne ; la jugeant intimidée, ou peu au courant des usages des ventes, il la salua d’un signe de tête et l’encouragea d’un sourire engageant. La femme répondit par un signe de tête semblable ; sa face maussade et ridée se contracta ; une sorte de rictus se dessina autour de ses lèvres.

« Est-ce la cousine ? se demandait M. Dumarteau perplexe. Faut-il mettre une enchère ? Elle a fait le signe de tête, mais je m’y connais en sourires, et cette grimace n’a rien d’un sourire, donc ce n’est pas la cousine. Où peut être la cousine ? »

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