‹ Bécassine mobiliséeChapitre 47 sur 61 · 47

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Ne voyant nulle autre paysanne, ni personne qui lui adressât le moindre signe, il allait adjuger l’auto à Fouillade, quand Bécassine fit son apparition. Retenue dans le bureau par un travail que le chef…

… lui avait confié, elle avait, à son grand regret, manqué le début de la vente. Maintenant, désireuse de se rattraper, elle jouait des coudes, se faisait place. Non sans soulever de violentes réclamations, elle parvint au premier rang, juste en face de M. Dumarteau.

Encore reconnaissante de l’amabilité que celui-ci lui avait témoignée la veille, elle lui adressa son plus aimable sourire et son salut le plus profond. Le commissaire fut persuadé que, cette fois, il se trouvait en présence de la cousine. « Il y a acheteur à cent cinq francs » dit-il.

« — Cent dix » cria Fouillade, M. Dumarteau regarda, avec son perpétuel sourire, Bécassine, qui, ne voulant pas être en reste, sourit aussi. « Cent quinze, fit-il. — Cent « vingt, » riposta Fouillade. Les sourires, suivis d’enchères, se succédèrent rapidement. À quatre cents francs, le ferrailleur lâcha pied.

« Adjugé à quatre cents francs, prononça M. Dumarteau, et pas à M. Fouillade. » Il exultait, le doux commissaire : jamais auto de la Ralep n’avait atteint pareil prix. Vexé, Fouillade serrait les dents et les poings, se promettant d’avoir sa revanche…

… avec les voitures suivantes. Mais il ne put en obtenir une seule, le même jeu des sourires ayant recommencé et maintenu le commissaire dans son erreur. Quand ce fut fini, M. Dumarteau demanda son nom à Bécassine, puis il prononça : « Les voitures 6 à 10…

« … sont adjugées pour la somme globale de 3.722 francs, plus les frais, à M Annaïk Labornez, dite Bécassine. — Hein ? Quoi ? cria celle-ci au comble de la stupéfaction et de l’émoi. J’ai rien acheté ! Et avec quoi que je paierais ? J’ai que 122 francs et treize sous d’économie. »

Cette déclaration souleva un tumulte comme jamais n’en vit vente publique. La colonelle, la cousine, M. Dumarteau, qui en avait perdu le sourire, entouraient et invectivaient la malheureuse Bécassine. Comme elle le fait dans toutes les circonstances critiques, elle fondit en larmes.

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