‹ Bécassine mobiliséeChapitre 52 sur 61 · 52

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Comme notre brave homme de chef a constamment l’esprit occupé de sa théorie et de ses calculs, il est toujours le dernier informé de ce qui se passe à la Ralep. Il arrivait donc après tous les autres pour voir travailler Lemboîté. Je le lui ai présenté…

… et ils ont commencé de causer de bonne amitié. Je crois que mon conducteur était flatté de se voir si bien écouté par un savant, un professeur. Il lui montrait une à une les pièces du moteur et il lui expliquait bien clairement leur fonctionnement :

« Ça c’est les cylindres, ça, c’est le carburateur ; voilà la magnéto ; ça marche comme ci, ça marche comme ça ; et quand ça ne marche pas, c’est qu’il y a telle ou telle chose qui cloche. — Comme c’est intéressant, faisait le chef, comme je m’instruis avec vous ! »

Àson tour, il a voulu donner des explications, des explications sur la théorie, naturellement. Ça a moins bien marché, vu que la théorie et les formules, ça n’est pas le fort de Lemboîté. Il fronçait les sourcils, il écarquillait les yeux…

… il écoutait de toute son attention, mais on voyait que rien n’entrait dans sa caboche. « Vous allez me comprendre, disait le chef. Ce serait plus clair, si j’avais un tableau noir… Ah ! en voici un… Je figure un cylindre P, rempli d’un mélange gazeux M…

« … je désigne par X… » Ce qu’il prenait pour un tableau noir, c’était l’arrière d’un fiacre qui stationnait sur l’avenue. Il le couvrait de dessins et de lettres, tout en parlant et en consultant son livre. « Vous me suivez ? demandait-il de temps en temps. — Oui, oui, allez toujours », répondait Lemboîté qui ne suivait rien du tout.

Peu à peu, le chef a oublié et sa démonstration, et l’endroit où il se trouvait ; il s’est absorbé dans ses calculs et sa théorie, et il a continué de travailler sur…

… son dos de fiacre. Lemboîté en a profité pour achever son démontage et son examen de moteur. Puis, se redressant, il a dit à Maubec et à moi : « Ça pourra marcher, à condition qu’on change une pièce dont je vais vous écrire le nom. Voilà l’opinion du père Lemboîté, qui est une opinion de bon modèle…

« … exempte de pannes et d’erreurs dans l’aiguillage. » Mais, pendant qu’il nous tenait ce discours, tout d’un coup, nous avons entendu une grande clameur qui nous a fait sursauter et nous retourner.

Le cocher de fiacre, ayant fini de déjeuner, était remonté sur son siège, avait démarré bon train. Et M. Ténuse, les bras au ciel, criait d’une voix navrée : « Mes calculs perdus !… Mon tableau noir qui se sauve ! » Il lui a fallu quelques instants…

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