‹ Bécassine mobiliséeChapitre 55 sur 61 · 55

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Nous n’avons guère eu plus de cinq minutes à marcher de la station du tram à l’usine, une usine énorme, avec je ne sais pas combien de milliers d’ouvriers et combien de kilomètres d’ateliers.

Pour avoir notre ustensile, il a fallu sortir la paperasse du ministère et donner une bonne douzaine de signatures. Paraît que quand notre chef paiera les 10 fr. 50, ça fera encore autant de formalités. Les nôtres terminées…

… Maubec a demandé si l’on pouvait visiter l’usine. L’employé à qui nous avions affaire, a répondu que ça n’était pas régulier, mais que, vu notre qualité de mobilisés on pouvait faire une exception pour nous.

Le père Lemboîté a passé par-dessus le marché. Non, vraiment, même du temps que, toute petite fille, je lisais des contes de fée, jamais je n’avais imaginé des choses pareilles à ce que j’ai vu pendant cette visite.

Figurez-vous qu’à des moments c’était comme l’enfer : des fournaises à y faire rôtir des troupeaux, du métal fondu qui coulait dans des rigoles comme des ruisseaux de feu ; et puis, un peu plus loin…

… des ateliers tout tranquilles, tout silencieux, propres, astiqués, vernis comme un salon. Des ouvrières étaient assises devant des établis et elles n’avaient qu’à pousser un bouton pour que les mécaniques servant à leur travail…

… se mettent à marcher toutes seules. Si je pouvais avoir un système comme ça pour ma machine à coudre, au lieu de pédaler comme cycliste en montée, probable que ça me donnerait plus de goût à la couture.

Après ça, nous avons vu encore des machines à travailler le fer. Tout doucement sans seulement avoir l’air de peiner, ça vous rabote des barres énormes, et ça fait des copeaux jolis comme tout, brillants, tout enroulés sur eux-mêmes.

J’en avais ramassé un, je me disposais à me le mettre en poche comme souvenir, quand le contremaître est venu à moi avec un air, ah ! mais, un air tout à fait extraordinaire.

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