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En rentrant de l’usine de Billancourt avec l’ustensile que nous y avions été chercher, nous étions tous à nous demander si ce bout d’accessoire ferait marcher notre auto. Lemboîté, qui est plein de sagesse, a observé que le meilleur moyen de le savoir,…
… c’était d’y essayer. Il a quitté sa vareuse, a passé une cotte, et s’est mis à travailler comme il sait faire, sans perdre une minute, ni lever le nez de son ouvrage. Il n’a pas été long à ajuster la pièce neuve sur le moteur ; alors il a mis de l’essence…
… dans le réservoir, puis il a empoigné la manivelle, et il a dit : « Ouvrez vos yeux et vos oreilles : c’est le moment, c’est l’instant ! — « Tournez pas, m’sieu Lemboîté, que j’ai fait, Faut que le chef voie ça. » Je suis allée le chercher dans son bureau ; il est venu…
… et avec lui, Carmencita, dont nous nous serions bien passés. On était tous rangés autour de la voiture ; et, vous me croirez si vous voulez, on était émus comme si ce tacot de rien du tout ç’avait été une machine à finir la guerre. Le chef avait la voix…
… qui tremblait quand il a commandé : « Tournez, je vous prie, monsieur Lemboîté. » Lemboîté a tourné, pas longtemps, tout juste un demi-tour, qu’il a fini par un coup sec du poignet. Ça a suffi ; le moteur s’est mis à ronfler. J’ai crié : « Ça marche ; » les autres ont répété : « Ça marche. »
Le chef a ajouté : « Une voiture de la Ralep qui marche ! Je croyais bien que, de ma vie, je ne verrais cela ! » On sentait qu’il était content, mais sa femme l’était plus que lui encore. Elle trépignait de joie ; elle faisait des sauts, des bras au ciel comme si elle dansait,
Elle criait : « Bravo, l’auto ! Bravo le senor Lemboîté ! » Elle a même crié : « Bravo Bécassine ! » Et ça a commencé de me réconcilier avec elle. J’ai fait réflexion, qu’au fond, ça n’était peut-être pas une méchante femme, mais seulement une femme emportée…
… et un peu folle. Quand elle a eu fini ses gesticulations, elle a dit qu’il fallait fêter, verre en main, la grande souccès de la Ralep. Elle nous a emmenés dans la salle à manger, où on a trinqué, et avec du champagne, encore ! Ça m’a enlevé mon reste de rancune contre la colonelle.
Elle nous faisait des sourires ; la satisfaction la rendait presque jolie. En la voyant si changée, tout à fait aimable et gentille, je me disais que la vie à la Ralep allait devenir un vrai paradis. Ah ! je ne me doutais pas de la catastrophe qui nous guettait. Comme dit le proverbe :
C’est toujours au moment qu’on va manger son potage qu’il tombe dedans une poignée de cheveux. Vous m’excuserez de vous citer ce proverbe, peut-être pas bien distingué. C’est Marie, la cuisinière de M de Grand-Air, qui me l’a appris. Elle le répète à tout bout de champ.