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Je ne peux pas m’empêcher de rire en pensant que j’ai pris le Palais pour le logement de M la marquise. Son vrai logement, c’est un appartement dans une maison au bout de la ville, presque à la campagne, dans un quartier qui s’appelle Clagny.
C’est petit, mais très gentil. Quand nous y sommes allées, après avoir déjeuné à l’hôtel, les voitures arrivaient. Le déchargement a commencé et aussi mes rages contre les déménageurs. Mais je vous en ai déjà parlé et je ne veux pas rabâcher.
Pendant plus d’une semaine je n’ai pas pu m’occuper de chercher une place parce que j’étais nécessaire à Madame. Il fallait défaire les malles, les empaquetages, et tout mettre en place.
Ce qui nous retardait, c’était le peintre. Comme on manque d’hommes partout, l’entrepreneur n’avait donné qu’un ouvrier. Il s’appelait César, qui est, à ce qu’on m’a assuré, un nom italien. En voilà un qui ne s’en faisait pas.
Il arrivait sur les neuf heures ; il retirait ses souliers et mettait des espadrilles. Et puis, il installait ses tréteaux, ses pots de couleurs, sa colle, ses brosses, ses papiers, tout ça sans se presser. Il peignait ou collait un peu, et ça le menait à onze heures.
Alors, il retirait ses espadrilles, remettait ses souliers, rangeait son matériel, et il allait déjeuner.
La cérémonie des souliers et du rangement, ça recommençait après le déjeuner ; ensuite il y avait le casse-croûte de trois heures, et à cinq heures, il s’en allait en disant que ça manquait de jour.
Tout le temps il chantait, très bien, ma foi, des airs de son pays qui me plaisaient beaucoup, surtout un qui s’appelle Sole mio et un autre où on répète « funiculi, funicula ». Souvent je me mettais au pied de son échelle à l’écouter.
Il me disait : « Çantez lé refrain avé moi. » J’essayais, mais moi, vous savez, je ne suis pas très musicale. Alors il se bouchait les oreilles en faisant une drôle de grimace, et il criait : « Horrible ! Horrible ! Qué cela est faux ! »
Il était bien habile aussi avec ses pinceaux. Ce qu’il a fait de plus beau c’est les murs de la salle de bains, tout en imitation de marbre. D’abord ça ressemblait plutôt à de la galantine truffée, parce qu’il avait mis des taches trop noires. Je lui en ai fait la remarque. Il a dit : « C’est zouste !… la signorina Bécassine elle est oune artiste. » Il a corrigé, et ça est devenu magnifique. Un jour, il a dit : « E finite, addio la signorina. »
Il a passé encore tout l’après-midi à emballer et emporter les espadrilles, les brosses, l’échelle, les tréteaux et les planches, et on ne l’a plus revu.