‹ Bécassine mobiliséeChapitre 9 sur 61 · 9

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« Enfin ! a dit Madame ; mais je suis lasse de vivre en camp volant. Pour achever vite l’installation, j’ai envisagé une femme de journée ; elle viendra demain matin. » J’étais curieuse de la connaître, et, le lendemain, dès sept heures…

… j’étais devant la porte à la guetter. J’ai vu une petite femme toute jeune, toute ronde, toute blonde, avec une figure d’enfant, et même autant dire de poupée. Du plus loin qu’elle m’a apperçue, elle a commencé : « C’est moi, Julie, la femme de journée. Et vous, vous êtes mademoiselle Bécassine ? »

« … Bonjour, Mademoiselle Bécassine. Comment allez-vous ? Moi, je vais bien, merci. M la marquise est-elle là ? Oui. Bien. Allons voir M la marquise. Ne perdons pas de temps en bavardage. J’ai horreur de perdre du temps ; j’ai horreur des bavardages. »

Je n’essaierai pas de vous répéter tout ce qu’elle a dit, à moi d’abord, et puis à Madame et à Maria. Elle parle tout le temps, d’une petite voix tranquille, comme si les paroles coulaient de sa bouche ; ça me rappelait…

… un ruisseau auprès duquel je m’asseyais toute petite, en gardant les oies, et qui n’arrêtait pas de jaser. Seulement au bout d’une heure, j’y était si bien habituée que je ne l’entendais plus ; avec la femme de journée, c’est pareil.

Elle est au courant de tout. Sans s’arrêter de travailler, elle vous raconte le communiqué, la séance de la Chambre, les grands événements du monde entier, les petits événements de Versailles. « Avec Julie, je n’ai plus besoin de lire les journaux, dit Madame, c’est ma petite gazette. »

Maria et moi nous l’appelons presque toujours comme ça. Un jour, l’installation s’achevait. Par extraordinaire, la Petite Gazette se taisait. Pendant que nous travaillions ensemble, j’ai dit : « Ça sera bientôt installé ; je vais pouvoir m’occuper de chercher une place. »

Ça l’a remise en train de bavarder. « Une place, qu’elle a dit : vous voulez une place. Quelle place ? Une place de bonne ? — Non, pas une place en maison, une place en fabrique ou dans une administration. — Il y a mieux que ça à faire, mademoiselle Bécassine : il faut vous mobiliser. »

J’ai crié : « Bonne idée, je vais me faire cantinière. » Je me voyais déjà avec mon tonneau sous le bras, comme s’est représenté sur les images d’autrefois. Mais j’ai fait réflexion que ça n’était pas possible puisque je ne voulais pas quitter Madame. Alors, Julie m’a dit qu’il ne s’agissait pas de ça,…

… qu’on faisait appel aux femmes pour remplacer dans beaucoup d’emplois les hommes qui sont à la guerre, et elle m’a emmenée voir une affiche où c’était expliqué en belles phrases…

… Elle a ajouté : « Il y a des bureaux où on s’inscrit. J’en connais un pas loin de Versailles. Si vous voulez, je vous y conduirai. » Avec la permission de Madame, on a convenu d’y aller le lendemain.

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