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C’est le matin du départ. Firmin, qui a brouetté les malles à la station, revient annoncer que le train ne prendra pas de bagages. « Allons nous entendre avec le chef de gare, dit M de Grand-Air. Viens, Yvonne ; Zidore et Firmin porteront nos sacs.
« Vous, Bécassine, ajoute-t-elle, jetez un dernier coup d’œil dans toutes les pièces, fermez-les bien. Ah !… si vous voyez quelque chose de précieux que j’aie oublié, apportez-le moi. — Voui, Madame. »
Bécassine s’attache aux choses comme aux personnes : elle voudrait tout emporter. Ne pouvant le faire, peut-être va-t-elle décider de ne rien prendre quand elle tombe en arrêt devant une paire de grandes potiches.
Elles ont été rapportées de Chine à M de Grand-Air par son oncle l’amiral. Bécassine était toute petite. Elle se rappelle que Madame a dit : « Venant de vous, mon cher oncle, ces beaux vases me seront doublement précieux. »
— C’est guère maniable, ces cruches murmure Bécassine ; tous ces bonhommes qu’y a peints dessus, je trouve pas ça joli ; tout de même, faut les prendre, puisque c’est doublement précieux. » La voilà partie, une potiche dans chaque bras.
Devant la remise, des miaulements l’arrêtent. Quatre petits chats tendent vers elle un museau suppliant. Leur mère les a abandonnés, et Bécassine pense avec angoisse qu’il ne va plus y avoir personne pour s’occuper d’eux…
« Y mourront de faim, les pauvres mignons, j’peux pas permettre ça, ça serait cruel, pire qu’un Boche. Tant pis, j’les emporte dans mes cruches. » Les chatons y sont plongés.
Bécassine ferme l’orifice avec un journal ; puis elle prend à grande allure le chemin de la gare.