‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 12 sur 61 · 12

12

Le soldat Rendouillard, réserviste territorial préposé à la garde des voies et communications, attendait avec impatience le passage du train qui devait marquer la fin de sa faction.

« Le voilà, ce train, dit-il ; ne nous affolons pas. » Mais juste à ce moment il fut tout à fait affolé en voyant une portière s’ouvrir, deux corps s’élancer dans l’espace. Il sentit un choc violent et tomba.

Quelques minutes après, Rendouillard reprend ses esprits. « Ne nous affolons pas, dit-il, je ne suis pas mort. » Il jette un coup d’œil autour de lui : « Ah ! voilà les deux individus qui m’ont attaqué. Ça doit être des Boches. Ils reviennent à eux… Attention !…

Péniblement, Bécassine et Zidore se lèvent. Rendouillard a bondi sur son fusil, et crie d’une voix terrible : « Ne nous affolons pas ! Levez les mains, les Boches, ou je tire. — Tirez pas, Monsieur, supplie Bécassine épouvantée, on n’est pas des Boches. — On va voir : expliquez-vous.

Explication confuse. Bécassine parle de jeunes chats ; Zidore gémit qu’il va être porté déserteur s’il ne rejoint pas son régiment à Paris. Rendouillard n’y comprend rien, sauf qu’il a affaire à de braves gens inoffensifs.

Cependant, il y a eu infraction au règlement, atteinte à la personne d’un militaire ; il faut aller rendre compte à la gare, où le capitaine doit se trouver à cette heure : « En avant, marche… Ne nous affolons pas ! » Tout en marchant, on cause, et bientôt fort amicalement.

Rendouillard, homme jovial, s’amuse à mystifier Bécassine : « Vous avez failli m’écraser, lui dit-il ; un peu plus j’étais obligé de demander par T. S. F. un C. A. à la D. S. pour un G. V. C. écrabouillé. — Quoi qu’ça veut dire, M’sieu le militaire, c’que vous racontez-là ?

Page 1