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« Chut ! fait Rendouillard… Taisons nous ! Méfions-nous. Les oreilles ennemies nous écoutent ! — Où qu’elles sont, M’sieu, les oreilles ennemies ? — Il n’y en a pas, concède le territorial. Alors, jeune Bécassine
« … je vais vous révéler un grand secret : dans le militaire, on ne dit que les premières lettres des mots : T. S. F., télégraphie sans fil ; C. A., camion-ambulance ; D. S., direction des services ; G. V. C., garde-voies et communications… C’est très important pour dérouter les espions. — J’oublierons pas », affirme Bécassine.
On arrivait à la gare. Mis au courant, le capitaine interroge Bécassine : « Comment vous appelez-vous ? Que faites-vous ? » Bécassine jette un coup d’œil d’intelligence à Rendouillard, et, prenant un air fin, répond : — « M’sieu, j’suis B. B. C. M. G. A.
« Vous dites ? — J’suis B. B. C. M. G. A. » ; puis, imitant le geste et l’intonation qu’avaient eus Rendouillard : « Chut ! Ajoute-t-elle : Taisons-nous ; méfions-nous. »
Le capitaine, croyant à une mauvaise plaisanterie, allait se fâcher. Mais le territorial et Zidore, non sans une forte envie de rire, expliquèrent l’incident et donnèrent la traduction : Bécassine, bonne chez M de Grand-Air.
Àce moment, le chef de gare entra. « Voilà pour les prisonniers, dit-il. M de Grand-Air télégraphie : Si Bécassine et Zidore vivants, leur dire aller chez M. Proey-Minans. Les conduira Paris en auto. — « C’est tout près, dit l’officier : allez-y, vous êtes libres. »
Bécassine voulut reprendre ses chats. Hélas, à force de se débattre, ils avaient renversé les potiches qui s’étaient brisées, et ils avaient pris la fuite ; on ne put les retrouver.
« Dire, se lamentait-elle, que j’ai failli me casser la tête pour eux. — Ne nous affolons pas, conclut Rendouillard ; vous ne l’avez pas cassée, fêlée tout au plus… et peut-être qu’elle l’était déjà. »