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M. Proey-Minans, chez qui Bécassine et Zidore se rendirent en quittant la gare, est passionné pour la phrénologie, qui est l’étude des caractères d’après les bosses du crâne. Quand nos deux voyageurs entrèrent dans son bureau, ils le virent occupé à écrire tout en consultant fréquemment une tête de plâtre sur laquelle étaient tracés des carrés et de nombreuses inscriptions.
« Bécassine et Zidore, sans doute… dit le savant sans lever les yeux. Je sais ce qui vous amène. Un télégramme de votre excellente maîtresse me l’a appris. Asseyez vous, mes enfants. » Intimidés, ils s’assirent sur le bord de deux chaises.
Après quelques minutes, M. Proey-Minans posa sa plume et reprit : « Bécassine, j’ai entendu parler de vous ; je désire vous bien voir. Approchez-vous. Plus près, mon enfant, car je suis fort myope. » Bécassine s’approcha jusqu’à presque toucher de son visage le nez de M. Proey-Minans.
« Belle tête, dit celui-ci en assujettissant sur son nez un second binocle. Tête curieuse, expressive, originale, intéressante. » Flattée, Bécassine fit son plus gracieux sourire. « J’aimerais à palper ce crâne, continua le phrénologue.
« Verriez-vous, mon enfant, un inconvénient à ce que je vous palpasse le crâne ? — M’sieu peut bien palpasser tant que ça y dira. — Veuillez donc retirer votre coiffe. » Bécassine s’exécuta.
Alors M. Proey-Minans promena lentement ses doigts sur la boule qui sert de tête à Bécassine. « Parfait ! murmurait-il : voici la bonté, le dévouement, la simplicité d’esprit… Quel document pour l’ouvrage que je prépare ! » Soudain, il dit : « C’est étrange… Je sens là…
« … la bosse de la férocité. Seriez-vous féroce, mon enfant ? » Confuse, Bécassine avoua qu’elle était parfois féroce… Ainsi, pas plus tard que ce matin…