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« J’ai onze ans, expliqua Vieux-Serviteur. Je remplace mon père mobilisé. Notre maître ne pense qu’à ses études et il est gêné par sa mauvaise vue…
… aussi ne s’est-il même pas aperçu du changement. Du reste, son service n’en a pas souffert : dans notre famille, on est bon domestique de père en fils. »
Et Vieux-Serviteur prouva aussitôt qu’il disait vrai, en emmenant Bécassine et Zidore à la mairie et en faisant établir les pièces nécessaires pour le voyage du lendemain. Son assurance et sa précision émerveillèrent ses compagnons.
Au retour, Bécassine porta à M. Proey-Minans le permis de circuler en auto. « Pièce importante, dit celui-ci ; je la perdrais, je suis si distrait ! Gardez cela, mon enfant ; serrez-le avec soin. — M’sieu peut être tranquille, assura Bécassine moi, je ne perds jamais rien. »
Le lendemain, à l’heure dite, l’auto était devant le perron. Vieux-Serviteur, toujours correct malgré que son costume de chauffeur fût beaucoup trop grand pour lui, tenait le volant. Bécassine et Zidore se tassèrent à côté de lui.
M. Proey-Minans se fit longuement attendre. Il parut enfin, portant son inséparable tête de plâtre. Il s’installa dans la voiture et, aussitôt, se plongea dans son étude favorite. Vers une heure, cependant, il en sortit pour déclarer qu’il avait faim.
Vieux-Serviteur arrêta et tira d’une balise un déjeuner froid. Il en sortit par surcroît sa livrée qu’en raison de son ampleur, il put revêtir par-dessus son autre costume. Ce modèle des domestiques était trop correct pour servir le déjeuner en tenue de chauffeur.