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Il y a maintenant une vingtaine de soldats à l’hôpital. Ce sont des petits blessés ou des convalescents. Toute la journée, ils jouent dans le parc comme de grands enfants, et souvent Bécassine s’associe aux parties.
Tous raffolent d’elle : elle les amuse, fait toutes leurs volontés, les gâte. Elle dépense sans compter ses économies en achats de tabac et de cigarettes qu’elle leur distribue.
Mais Bécassine a son préféré : c’est Rouzic, un petit Breton des environs de Quimper. Ils prennent un grand plaisir à causer longuement, en patois, du pays et de parents communs qu’ils se sont découverts.
Rouzic achève de se remettre d’un mauvais rhume contracté dans les tranchées, « Rien à craindre du côté des poumons, a dit un matin le médecin après l’avoir examiné, mais il faut fortifier ce garçon-là… Deux cents grammes de viande crue chaque jour. »
Rouzic à fait la grimace et a déclaré qu’il ne pourrait jamais avaler « ce manger de chien ». Mais Bécassine est intervenue : « Que si qu’il l’avalera, M’sieu le Docteur ; je m’en charge ; je le forcerai vu que c’est pour son bien. »
Quelques instants après, Bécassine traverse la salle de pansement. Sous le surveillance de l’infirmière-major, M Agnès, on roule des bandes, on remet les bocaux de pharmacie en ordre.
Puis M Agnès place dans une cuvette les instruments dont vient de se servir le médecin, verse de l’alcool, l’allume. Une belle flamme bleue s’élève, Bécassine est très intriguée.