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En rentrant au village, elle en avait parlé avec admiration à l’oncle Corentin, et celui-ci, qui se flattait de connaître les usages du grand monde, lui avait dit : « Tous les nobles ont des lits comme ça. Ils ne pourraient pas dormir dans un lit qui n’aurait pas de colonnes. »
Bécassine se rappelle ces souvenirs tout en balayant la chambrette où couchera ce soir le maréchal des logis du Keric « qu’est un si gentil Monsieur ».
Et voici qu’elle tombe en arrêt devant le petit lit de fer, bien propre, bien moelleux, mais dépourvu de toute colonne. Pauvre M. Jean, qui s’est battu comme un lion, qui a été blessé, dans ce lit sans colonnes il ne pourra pas dormir. Cela désole Bécassine.
Où trouver des colonnes ? Elle cherche anxieusement. Soudain, sa figure s’illumine : elle a trouvé.
Descendant au jardin, elle demande à deux convalescents de l’aider à prendre quelque chose de lourd au grenier. « Surtout, faudra en parler à personne ! ». Quelques minutes après, le quelque chose de lourd est installé dans la chambre…
…dont Bécassine ferme la porte à clef pour que personne ne détruise son œuvre. Elle rit toute seule à l’idée de la bonne surprise qu’auront M. Jean et M de Grand-Air.
Six heures. Jean du Keric vient d’arriver. M de Grand-Air le reçoit maternellement : « Le voyage a dû vous fatiguer, mon cher enfant, lui dit-elle ; il faut vous coucher. Je vais vous conduire à votre chambre. »
Bécassine les précède. Déjà elle prend un air modeste pour recevoir les compliments qu’on ne manquera pas de lui adresser. Mais dès qu’elle ouvre la porte, M de Grand-Air et Jean poussent une exclamation de surprise.
Sur le lit, tant bien que mal en équilibre, est posée une vieille table. « Qu’est-ce que cela, Bécassine ? — Ben, Madame, c’est quéque chose à quoi je suis bien contente d’avoir pensé : on pouvait pas trouver mieux pour que M. Jean ait un lit à colonnes. »