30
Toujours courant, M de Grand-Air entra dans le salon. Elle y trouva Bertrand. Elle lui ouvrit les bras et ils s’embrassèrent longuement. Quand elle fut un peu remise de son émotion…
… la marquise manifesta sa surprise de ne pas voir le médecin-inspecteur. « Il viendra dans une heure ou deux, dit Bertrand. En l’attendant, ma tante, si vous voulez me le permettre, je le remplacerai. — Comment cela ? — Vous allez voir. »
En deux bonds, Bertrand fut dans sa chambre, tira la fausse barbe d’une commode, l’ajusta. À une patère de l’antichambre, il vit le képi et la capote du médecin de l’hôpital et s’en revêtit. Puis il ouvrit la porte du salon, annonça : « M. le médecin-inspecteur », et entra.
« Stupéfiant ! dit M de Grand-Air ; il est impossible de te reconnaître… Mais, grand enfant, un hôpital n’est pas un endroit pour faire des farces. — Ma petite tante, vos blessés se portent si bien !… Et tous les médecins disent que la gaieté est un bon remède. » À force de câlineries…
… il obtint la permission désirée, mais sa tante déclara qu’elle ne se mêlerait de rien et ne paraîtrait qu’à l’arrivée du véritable inspecteur. Quelques instants après, Bertrand faisait dans le grand dortoir une entrée majestueuse. « Fixe ! » commanda un sergent ; et les hommes se raidirent dans l’attitude réglementaire.
« Repos ! » dit Bertrand ; puis il joua en conscience son rôle, causant avec les soldats, les interrogeant sur les circonstances de leurs blessures.
… complimentant les infirmières sur la bonne mine des malades et sur l’excellente tenue de l’hôpital. Toutes les figures s’étaient épanouies : on n’osait espérer que l’inspecteur se montrerait si bienveillant.