‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 31 sur 61 · 31

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Soudain, Bertrand désigna Bécassine et demanda à M Agnès : « Cette jeune fille ne porte pas le costume de la Croix-Rouge ; n’est-elle pas infirmière ? — Elle prépare son examen, monsieur l’inspecteur. — Bien, je vais l’interroger. L’inspection est terminée, l’examen commence. Je désire que tout le monde y assiste… »

« … Les blessés peuvent fumer s’ils en ont envie. » Il s’assit devant une petite table et dit à Bécassine, devenue blême d’émotion et tremblante comme la feuille : « Ne vous troublez pas, jeune fille. Je vous poserai deux questions faciles. Dites-moi d’abord…

« … quelle jambe on peut mettre sous son bras en marchant. Essayez sur vous-même si vous voulez. » Bécassine prit son air le plus ahuri, se disloqua pour mettre sous son bras sa jambe droite, puis sa jambe gauche, faillit tomber, et répondit : « On peut pas, m’sieu. »

— Erreur, jeune fille, riposta Bertrand : il est très facile de marcher en portant sous son bras une jambe de bois. » Il y eut parmi les infirmières une forte envie de rire, de la surprise, des chuchotements. L’inspecteur devenait-il fou ? Mais déjà il posait sa seconde question :

« Dites-moi, jeune Bécassine, comment on distingue les guéris des convalescents ? » Bécassine regarda désespérément le plafond, puis le plancher, puis M Agnès, mit sa main en cornet pour entendre ce que, charitablement, lui soufflait l’infirmière-major, et n’y parvint pas.

Soudain, ses yeux rencontrèrent le groupe des soldats qui s’amusaient comme au spectacle. Une brusque inspiration l’illumina et elle s’écria : « Je sais, m’sieu… les convalescents, ils fument la cigarette, et les guéris, ils fument la pipe. »

Alors Bertrand se leva en simulant l’enthousiasme. « Bécassine, dit-il, cette réponse est excellente. Vous êtes reçue. Je vous nomme infirmière de première classe…

« Pour mieux vous marquer ma satisfaction, je vais faire plus, je vais vous embrasser. Dans mes bras, jeune fille ! »

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