‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 34 sur 61 · 34

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« Je mets la main à la plume pour écrire ce qui suit, qu’est peut-être les dernières lignes que je tracerai vu que je me demande si les chagrins et l’inquiétude vont pas me conduire avant l’âge au trépas, et même plus loin.

« C’est Zidore qu’est l’objet de mes désolations. Au début qu’il a été parti au régiment, il m’a écrit des lettres gentilles : qu’il travaillait bien, qu’il commençait à savoir se tenir sur son cheval sans trop le prendre par le cou…

« … qu’il astiquait son canon si tellement brillant qu’il pouvait faire sa raie en se mirant dedans ; enfin tout ce que doit faire un bon militaire versé dans l’artillerie. Ça allait bien.

« Et puis voilà qu’un jour il me marque dans sa lettre que son capitaine lui a parlé, qu’il lui a fait des compliments, et qu’alors il espère passer bientôt brigadier.

« Et dans les lettres d’après, il revenait tout le temps là-dessus : C’est mon rêve, qu’il disait, de commander des hommes, de leur dire une, deusse, une, deusse, pour les faire marcher au pas…

« … et d’avoir des galons sur les manches, que quand je viendrai en permission, ça fera l’admiration de tout le monde dans la rue… Ça a commencé à m’inquiéter, vu que, comme chacun sait, c’est l’ambition qui perd les hommes.

« Faut bien le dire : l’ambition et les idées de grandeur, c’est pas d’aujourd’hui que c’est le défaut de Zidore, à preuve que tout petit, quand il jouait à l’éléphant avec le fils de la charcutière…

« … en se couvrant tous-les deux d’une toile grise, il voulait toujours faire les jambes de devant, et ça amenait entre eux des disputes et des batailles.

« Alors, en pensant à tout ça, je décide que je vais lui écrire sur les dangers de l’ambition, en mettant des exemples historiques, vu que l’historique ça impressionne davantage. Me voilà à chercher mes exemples dans les livres de M Yvonne.

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