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Comme Zidore doit rejoindre son régiment à la fin du mois, M de Grand-Air le dispense à peu près de tout service. Il profite de sa liberté pour lire des quantités de journaux dont il communique à Bécassine les nouvelles sensationnelles, en les commentant à sa façon.
Les histoires d’espions, surtout, le passionnent. « C’te sale vermine d’espions boches, dit-il un jour, ça se faufile dans tous les coins. Y en a partout, Mam’zelle Bécassine, p’t-être ben ici même ».
« Ma Doué ! » fait Bécassine affolée. Et la voilà qui regarde sous les meubles, explore les coins sombres, scrute les armoires et jusqu’à la huche à pain.
« Zidore te raconte des bêtises dit en haussant les épaules le jardinier Firmin. Qu’est-ce que des espions feraient ici ? Perds donc pas ton temps à en chercher, et va à ton travail, comme je vas au mien. » Zidore, plein de respect pour Firmin, qui s’est bravement battu en 70, n’ose répliquer…
Mais il revient à la charge après la sortie du jardinier. « Que si, Mam’zelle, qu’y en a partout, des espions. Et c’est pas commode de les découvrir, tant ça ressemble à des personnes naturelles. Ainsi, une supposition : vous rencontrez un homme qui brûle des herbes ou des tas de feuilles. Quoi que vous pensez que c’est ?
— J’sais pas, Zidore. — Eh bien ! c’est un espion qui fait des signaux à un autre espion boche caché dans le pays. — Et ça peut avoir des conséquences ? — Des conséquences straordinaires, calamiteuses et catastrophales ! » affirme Zidore avec solennité.
Cette conversation a produit une grande impression sur Bécassine. Elle la rumine l’après-midi, en se promenant dans le parc. Soudain, une odeur âcre et une fumée épaisse qui viennent du potager la tirent de sa méditation : « Allons voir, se dit-elle ; des fois que ça serait un espion en train de faire un signal !… »