‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 40 sur 61 · 40

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« On est parti au petit trot de la Grise, et l’oncle m’a raconté ce qu’il appelle sa plus grande idée. Pour empêcher les pommes de terre de monter de prix, il a commandé qu’on les mette toutes ensemble, et qu’on se les partage. Mais personne n’a accepté…

… excepté quatre ou cinq qui n’avaient pas de pommes de terre. Comme l’oncle finissait son histoire, on a passé un petit groupe d’hommes. Ils ont levé leurs chapeaux et ils ont crié : « Vive M’sieu le Maire ! »

« Ce sont ceux qui n’ont pas de pommes de terre, a dit l’oncle, et qui veulent bien partager avec ceux qui en ont… Mes seuls partisans dans le pays. » Après ça, nous avons descendu de la voiture pour nous dégourdir les jambes. La Grise qui est sage, nous suivait.

« De loin, je voyais sur la route quelque chose que je ne m’expliquais pas, quelque chose comme une palissade. L’oncle s’est arrêté et il a dit avec un grand geste : « Les fortifications de Clocher-les-Bécasses, mon enfant ! » Les fortifications, c’est quelques vieilles planches, avec, devant, le petit canon qui sert à tirer les pétards du quatorze juillet.

« Je ne sais pas si ça ferait peur aux Boches, mais ça a joliment effrayé la Grise. Elle a fait un écart jusque dans le fossé de la route. On l’en a tirée, et puis on est revenu aux fortifications.

« Quand on a été tout près, il est sorti de derrière un homme avec un vieux sabre tout rouillé, qui a crié : « Qui vive ? » Mais l’oncle a dit « Laissez passer, aide de camp ! » Et l’homme a rengainé son sabre.

« Alors je l’ai mieux regardé, et j’ai reconnu le père La Pipe, le garde champêtre. Le père La Pipe a dit : « M’sieu le Maire, c’est demain le marché ; y aura encore de la dispute »

« L’oncle a répondu : « Vous inquiétez pas, Bécassine s’en occupera. Faudra lui obéir en tout. Je la nomme quasiment votre capitaine. » La Pipe m’a fait le salut militaire… mais oui, aussi vrai que je m’appelle Bécassine.

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