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« Je voulais aller embrasser p’pa et m’man. Mais l’oncle a dit : « Après que je t’aurai montré les tranchées. » On a marché longtemps dans des sentiers : l’oncle s’est arrêté devant un petit fossé avec de l’eau croupie au fond et il a dit :
« — Voilà la tranchée. C’est beau, hein ? » J’ai dit oui pour lui faire plaisir, mais c’est pas beau du tout, et en été ça donnera du moustique. Rien que d’y penser, j’ai senti des démangeaisons dans tout le corps et je me suis grattée à m’enlever la peau.
« Et puis tout d’un coup, voilà le propriétaire du champ qui arrive sur nous comme un furieux en criant qu’on n’avait pas le droit de faire des trous chez lui, qu’il allait boucher celui-là. L’oncle n’a pas voulut discuter ; il a pris son grand air imposant et il m’a emmenée en disant : « Voilà comme ils sont tous, Bécassine…
« … ils disent que mes fortifications et mes tranchées, ça ne sert à rien. C’est vrai qu’on ne verra jamais ici l’ombre d’un Boche. Mais quel honneur pour Clocher-les-Bécasses d’être une ville fortifiée ! C’est ce qu’il ne veulent pas comprendre.
« Je commençais à être lasse, et j’ai été contente, quand j’ai pu m’asseoir chez mes parents. J’ai eu bien de la joie de les revoir, mais j’en ai pas eu autant de trouver chez eux l’oncle et la tante Quillouch, et surtout ma cousine Marie qui a toujours des choses désagréables à dire à tout le monde.
« Ça n’a pas manqué. Elle a dit : « Paraît, Bécassine, que tu vas travailler à la mairie ; alors on y fera encore plus de bêtises qu’avant. » J’ai bien vu que l’oncle Corentin avait envie de la claquer…
« … mais il s’est contenu ; il m’a dit seulement de venir avec lui à la mairie. Là, il m’a montré mon bureau, à côté du sien. Sur la porte, y a écrit : « Bureau de M Bécassine, adjointe au maire. » Marie peut dire ce qu’elle veut : ça donne de la fierté d’avoir une pancarte comme ça sur sa porte !