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Chaque mardi, il y a foire à Clocher-les-Bécasses. Le train amène la moitié environ des marchands et des bêtes. Les autres, au beau temps de la paix, venaient en charrette, ce qui mettait une animation joyeuse devant l’auberge du bourg.
Mais la plupart des fermiers ont eu leurs chevaux réquisitionnés. Il leur faut faire la route à pied. Même en partant à l’aube ils arrivent tard, et, beaucoup d’acheteurs étant déjà pourvus, ils vendent mal.
Ils ont adressé une réclamation à M. le maire. Ce difficile problème lui a fait passer bien des nuits blanches ; enfin il a trouvé une solution qui lui paraît excellente : c’est de n’autoriser les ventes que quand tous les marchands seront présents. Il a rédigé un règlement en ce sens.
On doit l’appliquer pour la première fois le lendemain de l’arrivée de Bécassine. L’oncle sera obligé de s’absenter toute la journée, mais sa nièce le remplacera. « Je compte sur toi, lui dit-il avec solennité ; je te recommande le tact, l’esprit de justice ; …
« … avec cela on met tout le monde d’accord. Il faut aussi de la fermeté. S’il y a des récalcitrants, le père La Pipe les rappellera à l’ordre… Vous entendez, père La Pipe, beaucoup de fermeté ; du reste, vous obéirez en tout à M l’adjointe. — Compris, monsieur le maire. »
Le marché ouvre d’ordinaire à neuf heures. À neuf heures moins cinq, le père La Pipe paraît sur le champ de foire, déjà encombré ; il exécute un sonore roulement de tambour qui assemble la foule autour de lui, tire un papier de sa blouse et lit :
« Par ordre de M. le maire et de M l’adjointe, il est défendu de vendre avant que tout le monde soit arrivé, sous peine de cent sous d’amende. Quelques murmures s’élèvent ; mais on constate qu’il ne manque qu’un seul marchand. Sans doute il arrivera bientôt. On se résigne.
Àce même moment, le retardataire se hâtait sur la route, menant une bande de dindes. Soudain, une auto passe en trombe.