‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 43 sur 61 · 43

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Les bêtes, effrayées, se sauvent dans les champs ; leur maître a beaucoup de peine à les rassembler et, quand il l’a fait, éreinté, trouvant l’heure trop tardive, il prend le parti de rentrer chez lui.

Cependant, sur le champ de foire, on s’impatiente, on s’énerve. D’aigres propos circulent. Marie Quillouch va de groupe en groupe soufflant la rébellion.

Devant la mairie, des gens crient : « Faut commencer ». Bécassine paraît sur le perron. « Tout le monde est-il arrivé ? demande-t-elle. — Non, il en manque un. — Alors, on peut pas commencer : ordre de M. le maire. »

Mais un vieux fermier se détache du groupe. Il est de ceux qui sont venus par le chemin de fer, et ceux-là, affirme-t-il, sont les plus à plaindre. Car les autres auront tout l’après midi, tandis qu’eux devront quitter la foire à deux heures, pour ne pas manquer leur train de retour ; ça n’est pas juste. « Il a raison, concède Bécassine. Faut de la justice ; l’oncle l’a dit. Faut traiter tout le monde pareil.

« … Eh bien, la foire sera fermée à deux heures. » Et, sans s’occuper de la clameur de réprobation qui accueille ses paroles, elle rentre dans la mairie.

Àdeux heures précises, le père La Pipe reparut sur la place. Il fit un nouveau roulement de tambour et cria : « Par ordre de M l’adjointe, la foire, qu’a pas pu être ouverte, est fermée. » De véritables hurlements répondirent à son annonce.

Ils parvinrent jusqu’à Bécassine qui, bravement, se précipita pour haranguer la foule et la calmer. Des cris hostiles, des poings tendus, des projectiles variés l’accueillirent. Son père se distinguait parmi les plus furieux.

Il se lança sur elle en vociférant : « Tu m’empêches de vendre mes poules, des poules qui me coûtent si cher à nourrir ! C’est-y que tu veux me ruiner ? Tiens, voilà pour toi, mauvaise fille. » Et la pauvre Bécassine fut giflée à tour de bras.

Le soir, en rentrant, oncle Corentin lui a demandé : « Tout s’est-il bien, passé ? Les as-tu mis d’accord ? » Bécassine répondit avec simplicité : « Oncle, pour ce qui est d’être d’accord, ils ont été bien d’accord : papa m’a flanqué des claques et les autres m’ont flanqué des trognons de choux. »

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