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Depuis de longues années, le vieux Kerhuel est chef de gare à Clocher-les-Bécasses. Métier peu fatigant : il consiste à regarder passer, deux fois par jour, un train minuscule, généralement vide de tout voyageur.
Il n’y a d’animation à la gare que les jours de marché ; il y en a eu beaucoup lors de la foire mouvementée que nous avons racontée. Bousculé, invectivé par les fermiers furieux de n’avoir pu vendre leurs bêtes…
… le père Kerhuel, qui n’y pouvait rien, a été si ému que ça lui a, comme il dit, « tourné les sangs ». Il a dû se mettre au lit ; il devra y rester quelques jours. Il s’agit de le remplacer.
C’est l’objet d’une délibération au conseil municipal. Chaque conseiller propose sa femme ou sa fille et vante longuement ses mérites. M. le maire prend la parole le dernier : « Moi, dit-il, je propose Bécassine. »
« Elle fera des bêtises crie l’oncle Quillouch. — Elle n’en fera pas, affirme l’oncle Corentin, et elle veut bien travailler sans être payée. » Ce dernier argument ayant rallié tous les suffrages, Bécassine est nommée chef de gare intérimaire.
Elle prend aussitôt possession de ses fonctions, et l’oncle Corentin lui explique minutieusement ce qu’elle aura à faire : Bécassine est initiée à la distribution des billets, à la manœuvre de la bascule aux bagages et cela lui paraît fort amusant.
« Et puis, ajoute l’oncle, faut étudier mes règlements. Lis les affiches placardées dans la salle. » Restée seule, Bécassine étudie consciencieusement les affiches qui toutes énoncent des défenses et interdictions diverses.
… car à la gare aussi, M. le maire fait sentir son autorité despotique. Tandis qu’elle se livre à ce travail, un voyageur entre. C’est un placier en cidres, pacifique et d’aspect réjoui. Il va au guichet qui est fermé, et frappe longuement.
Bécassine est maintenant perchée sur une chaise, s’efforçant de lire une affiche placée très haut. « Quoi que vous voulez ? » demande-t-elle. Surpris d’abord par cette voix tombant du ciel, l’homme s’approche : « Je veux un billet pour Quimper.