‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 56 sur 61 · 56

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« Aussitôt que j’ai eu accepté d’être la marraine du prince, le Parisien lui a écrit. Il m’a dit de faire aussi une lettre, et il m’a dicté l’adresse : M. le prince Boudou de Tombouctou, soldat de 2 classe par protection, Hôpital de Roses-sur-Loire.

« J’ai reçu la réponse deux jours après. Je l’ai lue, et puis j’ai pris le lorgnon de Madame pour la relire, parce que je croyais que je voyais mal. Sur la lettre, y avait : Roucouca roucoucou, troulalatou. Naturellement, j’y ai rien compris.

« Le Parisien m’a dit : « Le prince ne sait pas le français, il écrit dans sa langue ; heureusement le zouave connaît la langue de Tombouctou ; il va traduire. » Le zouave a expliqué ces drôle de mots. Ça voulait dire des choses très gentilles pour moi.

« Ils m’ont recommandé, je sais pas pourquoi, de ne rien dire de mon marrainage à ma maîtresse. Le matin de l’arrivée, Madame m’a dit que les soldats iraient chercher Boudou à la gare, que je le fasse déjeuner, et puis qu’après il viendrait lui parler.

« J’ai expliqué tout ça aux soldats, que j’ai trouvés en train de s’astiquer à fond, de se faire une tenue princière, comme ils disaient. Ils sont partis à la gare.

« On les attendait sur le perron, l’oncle Corentin et moi. Pour faire honneur au prince, l’oncle avait préparé un discours et il avait mis son écharpe de maire, quoiqu’il est plus maire. J’étais bien impatiente de voir mon filleul. Il est arrivé, avec les autres qui l’entouraient et qui lui faisaient des grands saluts. Et alors j’ai manqué de tomber par terre d’étonnement… Le prince c’est un nègre, noir comme a de l’encre…

« … un beau nègre, du reste, avec un uniforme de spahi qui lui va joliment bien. L’oncle en a oublié son discours. Le prince a fait un petit pas de danse (paraît que c’est la façon de saluer de son pays), et il a dit : Youyou bono lariradondé, que le zouave a traduit : « Je suis très heureux d’avoir une si charmante marraine. »

« On est entré dans le réfectoire, où j’avais préparé son couvert. Et voilà tout d’un coup qu’il crie : Boubouf, en roulant des yeux, en faisant claquer sa mâchoire, et avec un air si féroce !… Les autres paraissaient terrifiés ; ils me disent : « Il demande à manger ; servez-le vite ; il a sa crise…

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