‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 57 sur 61 · 57

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« … il est terrible quand sa crise le prend. » Je tremblais comme la feuille ; je lui ai apporté tout ce qu’y avait dans le garde-manger. Il s’est mis à dévorer, et ça l’a calmé. Il avait repris son bon air, même il pouffait de rire en regardant ses camarades.

« Mais le Parisien et le zouave m’ont expliqué que ses parents, les rois de Tombouctou, avant l’arrivée des Français, mangeaient leurs prisonniers, que ces habitudes dégoûtantes de sa famille, ça lui revenait, et que, par moment, lui aussi, il avait des envies d’être trop potage (Bécassine veut dire sans doute antropophage.)

« Leur histoire m’a rendu toutes mes craintes. Aussi quand je l’ai eu conduit au petit salon, je suis restée à guetter près de la porte pour voler au secours de ma bonne maîtresse si la crise recommençait.

« Et qu’est-ce que je vois ! Pas plus tôt entré, voilà ce Boudou de malheur qui prend la main de Madame, et qui se penche dessus à presque la toucher de ses grandes dents blanches. Alors mon sang ne fait qu’un tour, et je me précipite en criant :

« — Encore une crise !… Méfiez-vous, Madame ! Le trop potage va vous manger le bras ! — Êtes-vous folle ? a dit Madame. Boudou me baise tout simplement. » Et elle était bien mécontente. Lui, s’était redressé ; et il a commencé à s’excuser et à expliquer en français… car il sait très bien, le français…

« … que c’était une farce que le Parisien et le zouave ils m’avaient faite d’accord avec lui. Les autres étaient venus à mes cris. Madame les a un peu grondés, mais gentiment ; à la fin elle a ri, et moi aussi. Je ne leur en veux pas de leur farce, et je suis fière d’être la marraine de Boudou.

« C’est bien un prince, le fils d’un petit roi du côté de Tombouctou ; mais il a été recueilli tout jeune, orphelin, par des missionnaires. Il a été élevé par eux ; il s’est engagé et il a gagné la croix de guerre en se battant comme un lion, qu’a dit Madame, qui m’a raconté sa vraie histoire.

« Il travaille pour être peintre. C’est peut-être ce qui le rend farceur : paraît que tous les peintres le sont. Il a commencé mon portrait, et il l’enverra au Salon après la guerre, si c’est réussi. Moi, je trouve ça superbe, bien ressemblant,… peut-être un peu flatté. »

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