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Mde Grand-Air est rentrée depuis quelques jours à Roses-sur-Loire. Un matin, Bécassine lui apporta une lettre qu’elle lut avec une vive agitation. Nous allons nous transporter au lieu d’où venait la lettre et vous raconter ce qu’elle exposait.
C’est en pleine forêt vosgienne, au seuil de l’Alsace reconquise. Non loin de l’ancienne frontière, se dresse le manoir de Valrose. Il arbore fièrement nos trois couleurs et le drapeau de la Croix-Rouge. Entrons.
Dans le petit salon, nous trouvons Bertrand de Grand-Air. Il a le bras droit en écharpe. Écrire lui étant difficile, il dicte la lettre qui tant a surpris sa tante. M Thérèse de Valrose fait office de secrétaire.
Bertrand a été blessé. Depuis un mois, il est l’hôte de Valrose. Il a été traité en enfant de la maison par les châtelains, Alsaciens ardemment Français. Thérèse l’a si bien soigné que la convalescence s’avance à grands pas.
Bertrand et Thérèse sont jeunes et charmants ; vous ne serez donc pas surprises d’apprendre que le matin même Bertrand a demandé la main de son infirmière. Pour toute réponse, M. et M de Valrose l’ont embrassé en l’appelant « mon fils ».
La lettre raconte ce joli roman à M de Grand-Air ; elle sollicite son consentement et sa présence. Bertrand la signe, puis se hâte de la porter au courrier de la poste, dont il entend le grelot sur la route.
Retournons auprès de M de Grand-Air. Son agitation n’a fait que croître : « Bécassine, dit-elle, mon neveu Bertrand se marie… en Alsace… Nous partons tout de suite… Préparez notre bagage… Pourrons-nous arriver ? » continue la marquise.
« … C’est difficile d’aller si près du front… surtout deux femmes seules… Si encore il y avait un homme pour nous accompagner. — Il y a moi, avec votre permission, Madame la marquise, » dit l’oncle Corentin.
« — Comment, vous consentiriez, mon bon Monsieur Corentin !… » L’oncle consent à tout, sauf à rentrer à Clocher-les-Bécasses. C’est pour fuir ce pays où on l’a méconnu qu’il a suivi sa nièce à Roses-sur-Loire. Une heure après, tous trois sont à la gare.