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Nul incident marqua le voyage, jusqu’à l’endroit où nos amis quittèrent le chemin de fer. C’était un petit bourg vosgien regorgeant de soldats. À l’auberge et en ville, tous les lits étaient réquisitionnés pour l’armée.
Mde Grand-Air commençait à craindre de passer la nuit à la belle étoile quand une brave femme lui offrit de l’emmener à sa ferme. « Sans indiscrétion, demanda-t-elle, peut-on savoir ce qui vous amène en Alsace ? » M de Grand Air lui raconta les circonstances du voyage ; la fermière, M Odile, s’enthousiasma au récit de ces fiançailles de guerre.
« Mais, s’écria-t-elle, on ne vous laissera pas passer ; les consignes sont si sévères pour les personnes étrangères au pays ! Il n’y a qu’un moyen, mettez des vêtements alsaciens ; je vous en prêterai ; et je vous conduirai en disant que vous êtes des parents à moi, réfugiés. »
Mde Grand-Air résista longtemps : elle a horreur des plus innocentes supercheries. Enfin les instances de M Odile la décidèrent, le trio était presque méconnaissable quand il repartit le lendemain matin, sous la conduite de l’excellente fermière.
Il faisait un temps superbe ; le cheval trottait allègrement et l’on approchait de Valrose. Soudain, le commandement « Halte ! » retentit, et un officier accompagné de quelques soldats barra la route. M Odile débita aussitôt le petit discours qu’elle avait préparé.
Mais l’officier regardait attentivement M de Grand-Air. Il dit en souriant : « Madame la marquise, votre neveu m’avait prévenu de votre arrivée probable : pour plus de sûreté, il m’avait montré votre photographie. Soyez la bienvenue ; le déguisement était inutile. » M de Grand-Air remercia, à la fois enchantée de cet heureux dénouement, et un peu confuse.