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Depuis deux semaines que dure le séjour à Valrose, M de Grand-Air n’a pas eu un seul reproche à adresser à la fidèle Bécassine.
Elle s’en étonne, s’en inquiète presque : « Vous n’êtes pas malade, Bécassine ? » L’oncle Corentin lui pose la même question pendant qu’ils se promènent dans l’immense forêt de sapins. Non, Bécassine n’est pas malade ; mais ce pays si différent du sien, le grondement presque continuel du canon…
… les détachements qu’on rencontre souvent, revenant de la bataille, et à qui elle distribue des provisions, du tabac, tout cela la fait réfléchir, lui révèle la grandeur horrible de la guerre, et donne à sa physionomie une gravité inaccoutumée.
Ce matin, Bécassine est descendue pour des achats au village. Elle y arrive au moment où les enfants sortent de l’école. Bécassine adore les enfants ; elle regarde ceux-ci, leur sourit. Ils la regardent aussi, un peu intimidés par cette figure nouvelle, surpris par le costume breton qu’ils n’ont jamais vu que sur des images.
Mais voici qu’une blondinette, toute rieuse, de figure mutine, s’avance, fait un grand salut et dit : « Bonjour, mademoiselle Bécassine ». Encouragées par son exemple, ses compagnes à leur tour saluent, répètent : « Bonjour, mademoiselle Bécassine ».
Bécassine s’étonne : « Vous me connaissez donc ? — Mais oui, explique la blondine : nous lisons des journaux français, la Semaine de Suzette… Nous connaissons toute votre histoire ; nous vous aimons beaucoup. » Et Bécassine s’émeut. Elle sent qu’elle les aime de tout son cœur, ces petites sœurs lointaines, redevenues françaises…
… et qu’elle aime à travers elles les chères provinces que la vaillance de nos soldats reconquiert. Bécassine est comme soulevée au-dessus de ses idées habituelles. Les larmes aux yeux, elle embrasse la blondine…