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Pressée de reprendre la surveillance de Firmin, Bécassine sert le dîner avec une rapidité déconcertante. « Pourquoi ne repassez-vous pas les plats ? lui demande sa maîtresse. — Ça vaut mieux, Madame, ça vaut mieux : c’est très mauvais pour la santé de manger beaucoup le soir. »
Quand on est à l’entremets, elle pose le plat sur la table : « Madame m’excusera. Faut que j’aille à ma tâche… Quéque chose de très grave, que je peux pas dire… Je me couperais la langue plutôt que de le dire. — La guerre achève de lui détraquer le cerveau », murmure M de Grand-Air.
En trois bonds, Bécassine est devant la petite maison qu’habite Firmin. Dans la nuit qui tombe, la fenêtre s’éclaire d’une lumière jaune. Bécassine croit se rappeler que, les jours précédents, le jardinier coiffait sa lampe d’un abat-jour vert. Alors cette lumière jaune, c’est encore un signal !
Pour voir ce qui se passe à l’intérieur, elle grimpe sur le banc. Sa jupe accroche un râteau qui tombe avec fracas. Au bruit, Firmin ouvre la fenêtre et se trouve nez à nez avec Bécassine…
… qui se hâte de s’enfuir. « Ah mais ! elle commence à m’ennuyer », grogne-t-il.
Zidore rôdait par là, curieux de savoir ce que devenait l’affaire d’espionnage. « Quelle chance de te rencontrer, Zidore ! Dis-moi, quand un espion fait un signal avec de la lumière, et qu’on peut pas l’éteindre, quoi qu’il faut faire ? — Faut allumer d’autres lumières bien brillantes, Mam’zelle Bécassine. Ça fait de l’embrouille pour les Boches. — Bon, j’y vas. »
Toujours courant, Bécassine gagne les combles du château. Aux fenêtres, elle suspend de gros lampions orange, vestiges de la fête du pays, les allume, et, persuadée d’avoir ainsi déjoué de dangereuses menées, elle redescend sans bruit dans sa chambre
Mais ses nerfs surexcités l’empêchent de dormir. « C’est pas une existence, pense-t-elle : j’vas m’périr la santé avec des émotions pareilles ! Faut qu’j’invente quelque chose pour empêcher Firmin de continuer ses manigances. » Puis soudain, avec un geste inspiré : « J’ai trouvé ! »