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Huit heures du matin ; Firmin doit être au potager ; c’est pour Bécassine le moment d’exécuter son projet. Elle entre avec précaution dans la maison du jardinier, saisit la lampe, vide le pétrole, commence à le remplacer par de l’eau. Ainsi, il n’y aura plus de signal possible.
« Ah ! je t’y prends, petite misérable ! » C’est la grosse voix de Firmin qui retentit à ses oreilles. « J’en ai assez de tes farces ! vocifère-t-il. On va aller s’expliquer devant Madame. — Allons-y, réplique Bécassine, très digne. J’aurais voulu vous éviter c’te honte, mais si vous y tenez !… »
Mde Grand-Air, en négligé du matin, donnait des ordres à la cuisinière quand elle vit entrer ce groupe tumultueux. « Madame, criait Firmin, Bécassine n’arrête pas de me faire des mauvais tours. Faut qu’elle ait un cœur de Boche, pour mécaniser ainsi un vieux soldat. — Boche vous-même, s’pèce d’espion, » ripostait Bécassine, rouge d’indignation.
On eut grand peine à les séparer. Alors, Zidore s’avança, et, penaud, fit sa confession. « Je me suis amusé à faire croire à Bécassine que Firmin faisait des signaux lumineux à des Boches. Alors, elle a essayé de l’empêcher… Faut m’excuser, M’sieu Firmin, et vous aussi, Mam’zelle Bécassine. Je ne pensais pas que la plaisanterie irait si loin. »
Mde Grand-Air a un peu grondé Zidore, pas trop fort, car elle est l’indulgence faite femme. Firmin a pardonné tout de suite au coupable, il a même déclaré que « c’était très farce ». Mais Bécassine s’est montrée moins clémente : « Toute ma vie je t’en voudrais de m’avoir fait manquer de respect à un brave décoré. »
Et comme, le lendemain, Zidore cherchait à rentrer en grâce en lui racontant les nouvelles, Bécassine l’a interrompu d’une voix glaciale : « Laisse-moi tranquille, n’est-ce pas. Toi et tes journaux, c’est tout pareil : vous racontez tout le temps des menteries ! »