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Bécassine n’a pas tardé à redevenir amie intime avec Zidore. « Mamz’elle, lui dit celui-ci, un matin de la fin du mois d’août, j’crois bien qu’on va quitter d’ici, vu que les nouvelles sont mauvaises. Les gens du village disent qu’y a des uhlans dans les environs.
— Ma Doué ! fait Bécassine affolée, paraît que ces sauvages-là, c’est méchant comme des croquemitaines. » M de Grand-Air entreprend de la rassurer : les Allemands ne viendront ni à Dieppe ni à Paris ; cependant à cause de sa nièce Yvonne, il est plus prudent de partir.
« Pour sûr ! approuve Bécassine en embrassant la fillette ; nous autres, on ne craint rien ; mais ça fait tourner les sangs de penser que ce petit trognon là pourrait se rencontrer avec les sauvages. — Eh bien ! Bécassine, préparez les malles, mettez la maison en ordre ; nous prendrons le train demain… »
Sur les prières d’Yvonne, à qui elle ne sait rien refuser, Bécassine a fait dans les malles une large place aux poupées et à leurs robes. En conséquence, le reste des affaires à emporter a été tassé et foulé sans ménagement.
Puis, aidée des autres domestiques, elle a décroché et plié les rideaux, roulé les tapis, répandu abondamment le poivre et le camphre. Vers quatre heures, tout est en ordre, et elle congédie ses aides. « Le reste, ça me regarde ! » dit-elle quand elle se trouve seule.
Car Bécassine a résolu de prendre quelques ingénieuses précautions pour empêcher les Boches de tout piller, si par malheur ils viennent jusqu’au château. D’abord, sur un carton blanc, elle trace des lettres hautes d’une main.
Puis elle descend à la cave, et installe sur les casiers son écriteau sur lequel on lit : « Tou le vin et empoisonai. » Voilà qui décidera ces ivrognes à respecter les bouteilles.
Derrière le château il y a une petite pièce d’eau, très vive en poissons. Ces Boches de malheur ne se feraient pas faute de jeter des coups d’épervier et de tout manger. Bécassine va y mettre ordre. Elle lève la bonde. Bientôt l’eau s’est écoulée, il n’en reste qu’une toute petite mare…