XVI
44. RODOGVNE || PRINCESSE || DES PARTHES. || Tragedie. || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussaint Quinet, au Palais, || sous la montée de la Cour des Aydes_; [ou _Chez Antoine de Sommauille, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à l'Escu de France_; ou _Chez Augustin Courbé, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à la Palme._ || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 9 ff. et 115 pp.
Collation des feuillets prél.: Figure représentant Rodogune qui empêche Antiochus de prendre la coupe; on lit en haut le titre de la tragédie, avec le nom de Corneille, et en bas ces mots: _C. le Brun in._, au-dessous desquels se trouve l'indication du lieu de publication: _A Paris, Au Palais, Auec Priuilege du Roy_, 1647 (cette figure, imprimée sur un f. séparé, manque souvent); 1 f. de titre avec un fleuron portant le monogramme de _L. Maurry_; 4 ff. pour la dédicace à «Monseigneur Monseigneur le Duc d'Anguien»; 2 ff. pour l'extrait d'Appien; 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et les noms des _Acteurs_.
Le privilége, daté du 17 avril 1646, est donné pour cinq ans à _Toussainct Quinet_, lequel y associe _A. de Sommaville_ et _A. Courbé_. L'achevé d'imprimer est du dernier jour de janvier 1647.
Dans certains exemplaires d'un premier tirage, la dernière page est chiffrée par erreur 107.
Dans tous les recueils des oeuvres de Corneille, sauf dans la grande édition in-folio de 1663, _Rodogune_ est placée après _Théodore_, mais il est certain que cette dernière pièce ne fut jouée qu'en 1645, tandis que la première dut l'être dans le courant de l'année 1644. Tous les historiens du théâtre sont unanimes sur ce point. Voltaire a pensé qu'ils se trompaient et que l'ordre chronologique n'avait pas dû être abandonné par Corneille; il a donc reculé la représentation de _Rodogune_ jusqu'en 1646, tandis qu'avec tous les auteurs il a laissé _Théodore_ à l'année 1645. L'ordre dans lequel furent publiées les deux tragédies n'est pas, à notre avis, un motif suffisant pour écarter une tradition universellement admise.
La place occupée par _Théodore_, dans les éditions de 1647 à 1655, lui fut sans doute donnée en raison de la date à laquelle elle fut publiée. Corneille s'était d'autant plus empressé de la faire imprimer, qu'il espérait que sa _Vierge chrétienne_, malgré l'échec qu'elle avait subi à Paris, serait bien accueillie sur les théâtres de province, tandis qu'il retarda l'impression de _Rodogune_ pour protéger les droits des comédiens et les siens. Lors de la composition du recueil de 1647, les libraires s'en tinrent à l'ordre dans lequel les pièces avaient été imprimées. Corneille conserva cet ordre, sans y rien changer, jusqu'en 1660, époque à laquelle il se préoccupa de donner une forme définitive aux éditions de ses oeuvres. Il mit alors _Théodore_ immédiatement après _Pompée_, c'est-à-dire avant le _Menteur_, dans la pensée de la rapprocher de _Polyeucte_, dont elle était le pendant. La grande édition de 1663 innova sur ce point et rangea toutes les pièces à leur vraie place, y compris _Théodore_, mais les éditions de 1664 in-8, de 1668 et de 1682 revinrent aux errements antérieurs. A partir de cette époque, il nous paraît facile d'expliquer la transposition faite par Corneille. Les dernières éditions de ses oeuvres sont «réglées» à huit pièces par volume; _Théodore_, étant sa dix-septième pièce, devait naturellement ouvrir le tome IIIe. Il est naturel de penser que le poëte, qui avait commencé le tome IIe par le _Cid_, aura voulu mettre en tête du tome IIIe, une pièce qui eût obtenu un succès incontesté; il choisit _Rodogune_ et relégua _Théodore_ au second plan, à la fin du volume précédent. L'édition in-folio étant réglée à douze pièces par volume, c'est _Pompée_ qui ouvrait la seconde partie, en sorte que _Théodore_ avait pu sans inconvénient y occuper sa vraie place.
Fontenelle prétend que son oncle fut plus d'un an à disposer le sujet de _Rodogune_. Il en devait l'idée première à un épisode raconté par Appien; mais, l'histoire ne pouvant être mise sur la scène dans toute sa nudité, le récit de Justin, les témoignages du Livre des Machabées et de Josèphe n'étant d'ailleurs pas conformes sur tous les points aux faits rapportés par l'historien grec, Corneille dut tirer de son propre fonds la plus grande partie du poëme. Cet effort d'imagination lui coûta beaucoup de peine et lui inspira pour _Rodogune_ une affection particulière. «On m'a souvent fait une question à la Cour, dit-il dans son _Examen_, quel étoit celuy de mes Poëmes que j'estimois le plus, et j'ay trouvé tous ceux qui me l'ont faite si prévenus en faveur de _Cinna_, ou du _Cid_, que je n'ay jamais osé déclarer toute la tendresse que j'ay toujours eue pour celui-cy, à qui j'aurois volontiers donné mon suffrage, si je n'avois craint de manquer en quelque sorte au respect que je devois à ceux que je voyois pencher d'un autre costé. Cette préférence est peut-estre en moy un effet de ces inclinations aveugles, qu'ont beaucoup de péres pour quelques-uns de leurs enfans, plus que pour les autres: peut-estre y entre-t'il un peu d'amour-propre, en ce que cette Tragédie me semble estre un peu plus à moy, que celles qui l'ont précédée, à cause des incidens surprenans qui sont purement de mon invention, et n'avoient jamais été veus au Théatre; et peut-estre enfin y a-t'il un peu de vray mérite, qui fait que cette inclination n'est pas tout-à-fait injuste.»
Au moment où Corneille achevait de combiner les scènes de sa tragédie, il fut trahi par un de ceux qui avaient reçu ses confidences. Gabriel Gilbert, auteur dramatique médiocre, dont la reine Christine de Suède avait fait son secrétaire, profita de cette indiscrétion et ne craignit pas d'écrire une _Rodogune_, qu'il fit représenter sous son nom en 1644, quelques mois avant la pièce de Corneille (_Rodogune, Tragi-Comedie_; à Paris, chez Toussainct Quinet, 1646, in-4). Le plagiaire avait eu connaissance des quatre premiers actes de la vraie _Rodogune_, qu'il suivit assez fidèlement, mais il fut abandonné à lui-même pour le cinquième, et le misérable dénoûment qu'il imagina suffit pour révéler son larcin. Corneille ne se plaignit même pas de cet abus de confiance qu'il feignit d'ignorer; la supériorité du style était pour lui une vengeance plus que suffisante. D'ailleurs Gilbert, ignorant de quel auteur le sujet était tiré, n'avait pas su à qui appliquer le nom de _Rodogune_; il l'avait donné par erreur à la reine que Corneille appelle _Cléopatre_.
_Rodogune_ fut représentée à l'hôtel de Bourgogne; elle fut jouée par _Mlle Bellerose_, à ce que nous apprend une mazarinade intitulée: _Lettre de Bellerose à l'abbé de la Rivière_ (1649). Plus tard elle passa dans le répertoire courant de la troupe de Molière. Le Registre de Lagrange en mentionne 23 représentations de 1659 à 1680. Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne ne cessèrent point pour cela de donner _Rodogune_, si l'on s'en rapporte à la distribution indiquée par Mouhy, dans son _Journal du Théatre François_ (voy. Marty-Laveaux, t. IVe, pp. 406 sq.). Ce furent très-probablement les acteurs que nomme Mouhy: _Baron_, _Villiers_, _Champmeslé_, _Lecomte_, _Mlle de Champmeslé_, _Mlle Dupin_ et _Mlle Guiot_ qui représentèrent la pièce à Versailles en octobre 1676, lors de la reprise qui donna lieu au _Remerciement_ de Corneille. C'étaient les mêmes acteurs qui jouaient _Rodogune_, au commencement de l'année 1685, ainsi que nous l'apprenons par le Manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus, no 19). Les indications de ce manuscrit sont d'autant plus importantes qu'elles viennent corroborer le témoignage de Mouhy. Voici la distribution qu'il nous fournit:
DAMOISELLES.
Cleopatre: _Beauval_, ou _Dupin_. Rodogune: _Chanmeslé_. Laodice: _Guiot_.
HOMMES.
Antiochus: _Baron_. Seleuchus: _de Villiers_, ou _le Comte_. Timagene: _Chanmeslé_. Oronte: _le Comte_.
Parmi les artistes qui ont rempli le rôle de Cléopatre, nous citerons, d'après Lemazurier (_Galerie des acteurs du Théâtre Français_, t. IIe), _Mlle Aubert_, en 1712; _Mlle Lamotte_, en 1722; _Mlle Balicourt_, en 1727; enfin et surtout _Mlle Dumesnil_. Les plus brillantes interprètes de _Rodogune_ ont été _Mlle Gaussin_ et _Mlle Clairon_.
Les représentations données par le Théâtre-Français de 1680 à 1870 ont été au nombre de 455, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 133; à la cour, 21;--sous Louis XV: à la ville, 135; à la cour, 14;--sous Louis XVI: à la ville, 34; à la cour, 6;--sous la Révolution, 9;--sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 67; à la cour, 3;--sous la Restauration, 18;--sous le second Empire, 15.
45. RODOGVNE || PRINCESSE || DES PARTHES. || Tragedie. || _Imprimé à Roüen, & se vend || à Paris, || Chez Toussaint Quinet, au || Palais, sous la montée de la Cour des Aydes_; [ou _Chez Antoine de Sommaville, || au Palais, en la Gallerie des Mer- || ciers, à l'Escu de France_; ou _Chez Augustin Courbé || au Palais, en la Salle des Merciers, || à la Palme_]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff. et 87 pp.
Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé portant ces mots dans un cartouche: _La Rodogune, Tragedie de M. de Corneille_, 1647 (ce frontispice manque à beaucoup d'exemplaires où il est remplacé par 1 f. blanc); 1 f. de titre; 4 ff. de dédicace à _Monseigneur le Prince_ (le vo du dernier est occupé par un simple fleuron); 4 ff. contenant l'extrait d'_Appian Alexandrin_ et les noms des _Acteurs_.
Nous avons eu sous les yeux deux exemplaires au nom de Quinet, ou le fleuron et la lettre ornée qui précèdent la dédicace étaient différents, tandis qu'ils étaient pour tout le reste absolument conformes.
Le privilége occupe le verso de la p. 87. Il est au nom de _Toussainct Quinet_, qui déclare y associer _Antoine de Sommaville_ et _Augustin Courbé_. On lit à la fin: _Acheué d'imprimer pour la première fois, le dernier iour de Ianuier 1647_.
La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire de cette édition au nom de _Courbé_, avec la date de 1646. Il y a là une faute d'impression évidente, puisque l'achevé d'imprimer porte, comme dans tous les exemplaires, le dernier jour de janvier 1647.
Vendu: 16 fr. mar. r. doublé de mar. bl. (_Gruel_), Giraud, 1855 (no 1641);--40 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (no 56).
46. RODOGUNE, PRINCESSE DES PARTHES, Tragedie. Par P. Corneille. _A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Trabouillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests._ M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.
Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qu'elle n'ait pas encore été citée. Elle doit compter 2 ff. et 68 pp. Voy. ci-dessus no 25.