XVIII
50. HERACLIVS || EMPEREVR || D'ORIENT, || Tragedie, || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, || sous la montée de la Cour des Aydes_; [ou _Chez Antoine de Sommauille, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à l'Escu de France_; ou _Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à la Palme_]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff., 126 pp. et 1 f.
Collation des feuillets prélim.: 1 f. de titre avec un fleuron, au monogramme de _L. Maurry_; 3 ff. pour la dédicace _A Monseigneur Seguier, Chancelier de France_; 2 ff. pour l'avis _Au Lecteur_ et les noms des _Acteurs_.
Le privilége, dont le texte remplit le dernier f., est accordé pour cinq ans à _T. Quinet_, à la date du 17 avril 1647, et Quinet déclare y associer _A. de Sommaville_ et _A. Courbé_. L'achevé d'imprimer est du 28 juin 1647.
Les libraires associés pour la publication de la pièce eurent un procès dont Scarron (éd. de 1786, t. VIIe, p. 56) nous a conservé le souvenir dans les vers suivants, que M. Marty-Laveaux a relevés:
Si l'on ne payoit point les Muses, Elles deviendroient bien camuses; On ne feroit plus rogatums, On n'imprimeroit que factums; _Courbé_, _Quinet_ et _Sommaville_ Finiroient leur guerre civile, Et ne s'entre-plaideroient plus Pour _Cassandre_ et l'_Heraclius_.
Dans le procès intenté par _Quinet_ à ses deux associés _Sommaville_ et _Courbé_, Corneille, croyons-nous, donna raison aux derniers. Leurs deux noms figurent, en 1648, sur une édition de _Polyeucte_ (no 28), tandis qu'on n'y voit pas celui de _Quinet_. Du reste la brouille ne fut pas de longue durée. _Courbé_ ayant obtenu, en 1648, un privilége pour les pièces de Corneille, y associa _Sommaville_ et _Quinet_. Leur entente est constatée par le recueil de 1648, dont l'achevé d'imprimer est du 31 septembre. (Voy. notre chapitre III.)
_Héraclius_ fut représenté à l'hôtel de Bourgogne vers la fin de l'année 1646. Nous adoptons cette date et non celle de 1647 que nous fournissent les historiens du théâtre, parce que le passage du _Déniaisé_ de Gillet de la Tessonnerie, que cite M. Marty-Laveaux (t. V, p. 117), nous paraît tout à fait concluant. Dans cette comédie figurent deux amants qui se vantent tour-à-tour de leur galanterie pour leur belle:
J'ay fait voir à Daphnis dix fois _Heraclius_, --Moy, vingt fois _Themistocle_ et peut-estre encor plus.
Le privilége du _Déniaisé_ est daté du 9 mars 1647. Si l'on tient compte du temps nécessaire pour l'obtention des lettres royales; si l'on réfléchit que les acteurs ne jouaient alors que trois fois par semaine, et qu'une pièce ne pouvait avoir plus de dix représentations en un mois; si enfin l'on admet que la Tessonnerie ne put composer et faire jouer sa pièce en moins d'un mois, on est forcé de placer _Héraclius_ avant la fin de l'année 1646. Corneille lui-même nous fournit un argument à l'appui de cette opinion. Dans l'avis au lecteur qui précède _Rodogune_ (dont l'achevé d'imprimer est du 31 janvier 1647), il dit que cette tragédie n'est pas la seule où il ait pris de la liberté avec l'histoire, et il ajoute: «Je l'ay poussée encore plus loin dans _Heraclius_ que je viens de mettre sur le théatre.» Cette phrase, écrite au commencement de l'année 1647, se rapportait sans doute à un événement antérieur de quelques semaines.
Corneille composa _Héraclius_ en combinant plusieurs passages des _Annales ecclesiastici_ de Baronius. «Cette Tragédie, nous dit-il dans son _Examen_, a encore plus d'effort d'invention que celle de _Rodogune_, et je puis dire que c'est un heureux Original, dont il s'est fait beaucoup de belles copies, si-tost qu'il a paru.» Malgré la netteté de cette déclaration faite par un homme dont on connaît la franchise, quelques critiques du commencement du XVIIIe siècle s'avisèrent de rechercher une comédie de Calderon intitulée: _En esta vida todo es verdad y todo mentira_, qui présente dans certains passages de frappantes analogies avec _Héraclius_, et prétendirent que le poëte français avait emprunté sa pièce à l'Espagne. Cette assertion fut avancée assez à la légère dans le _Mercure_ de 1724, mais démentie par le savant jésuite Tournemine, dont Jolly reproduisit les observations dans l'_Avertissement des OEuvres de Corneille_, publiées par lui en 1738. Quelque incroyables que fussent les accusations de plagiat portées contre Corneille, Voltaire n'hésita pas à les reprendre, mais ne trouva pour les soutenir que les plus détestables raisons. Corneille n'emprunta rien à Calderon; ce fut au contraire l'auteur espagnol qui fit entrer des fragments de la pièce de Corneille dans une conception presque insensée. Sa comédie de _Todo es verdad y todo mentira_, ne fut publiée que 17 ans après _Héraclius_ (_Tercera Parte de las Comedias de D. Pedro Calderon de la Barca_; Madrid, por Domingo Garcia Morràs, 1664, in-4 de 6 ff. non chiff. et 272 ff. chiff.); c'est ce que M. Viguier (_Anecdotes littéraires sur Pierre Corneille_; Rouen, 1846, in-8, pp. 13 sqq., et _OEuvres de Corneille_, éd. Marty-Laveaux, t. Ve, pp. 122 sqq.), a démontré d'une manière irréfragable. Il faut toute la passion d'un «Franzosenfresser» comme M. de Schack (_Geschichte der dramatischen Literatur und Kunst in Spanien_, t. IIIe, p. 177; _Nachtrag_, p. 104), ou toute l'ardeur castillane d'un poëte comme M. Harzenbusch, qui fait de la question une question d'amour-propre national, pour accuser Corneille d'un plagiat commis au contraire à son détriment.
Au dire de Corneille, le poëme d'_Héraclius_ «est si embarrassé, qu'il demande une merveilleuse attention. J'ay veu, ajoute-t-il, de fort bons esprits, et des personnes des plus qualifiées de la Cour, se plaindre de ce que sa représentation fatiguoit autant l'esprit qu'une étude sérieuse. Elle n'a pas laissé de plaire, mais je croy qu'il l'a fallu voir plus d'une fois, pour en remporter une entière intelligence.» La troupe de Molière donna plus tard _Héraclius_, comme la plupart des autres pièces de Corneille. Le Registre de Lagrange en mentionne 14 représentations de 1659 à 1680, dont 7 pour la seule année 1661. D'après une tradition recueillie dans l'édition de la Bruyère, donnée par Coste en 1731 (t. Ier, p. 3), Molière «réussit si mal la première fois qu'il parut à la tragédie d'_Héraclius_, dont il faisoit le principal personnage, qu'on lui jeta des pommes cuites qui se vendoient à la porte, et il fut obligé de quitter». Peut-être la malheureuse représentation où Molière subit cet affront est-elle celle que Lagrange cite à la date du samedi 18 mai 1659, avec une recette de 72 livres. Molière n'avait pour sa part que 3 livres!
Robinet nous raconte, dans sa _Lettre en vers à Madame_, du 1er décembre 1668, une représentation d'_Héraclius_ donnée chez Monsieur:
Lundy, les Altesses Royales, En l'une de leurs grandes Sales, Où tout brilloit tant que rien plus, Veirent le grand _Héraclius_, L'un des beaux fruits des doctes Veilles Du digne Aîné des deux Corneilles, Qu'avec un honneur non tel quel, Jouërent Messieurs de l'Hôtel.
Au commencement de l'année 1685, _Héraclius_ était distribué de la manière suivante:
DAMOISELLES.
Pulcherie: _Chanmeslé_. Léontine: _Beauval_, ou _Dupin_. Eudoxe: _Poisson_.
HOMMES.
Héraclius: _Baron_, ou _Dauvilliers_. Marsian: _Dauvilliers_, ou _le Comte_. Phocas: _Chanmeslé_. Crispe: _Hubert_, ou _le Comte_. Octavian: _Raisin L._ Exupere: _Hubert_. Amintas: _Beauval_.
De 1680 à 1870, le Théâtre-Français a donné 305 représentations d'_Héraclius_, savoir: sous Louis XIV; à la ville, 60; à la cour, 4;--sous Louis XV; à la ville, 137; à la cour, 17;--sous Louis XVI; à la ville, 18; à la cour, 6;--sous la Révolution: 5;--sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 40; à la cour, 2;--sous la Restauration: 13;--sous le second Empire: 3.
51. HERACLIVS || EMPEREVR || D'ORIENT, || Tragedie. || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes_; [ou _Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la gallerie des Merciers, || à l'Escu de France_; ou _Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Palme_]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 93 pp. et 1 f.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis _Au Lecteur_ et les _Acteurs_.
Le privilége est le même que dans l'édition in-4 qui précède. Il se termine par la même mention et le même achevé d'imprimer.
Cette édition dut paraître peu de temps après l'édition in-4. Dans la lettre citée ci-dessus, Conrart dit à Félibien, à la date du 16 août 1647: «Je tiendray le _petit Heraclius_ tout prest pour vous l'envoyer par la premiere commodité d'amy qui se présentera.»
Vendu: 21 fr. mar. bl. doublé de mar. r. (_Gruel_), Giraud, 1855 (no 1642);--40 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (no 57).
52. HERACLIVS || EMPEREVR || D'ORIENT, || Tragedie. || _A Paris, || Chez Guillaume de Luine, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes._ || M. DC. LII. [1652]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 82 pp. et 1 f.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis _Au Lecteur_ et les noms des _Acteurs_.
Cette édition est imprimée en petits caractères très-nets; la justification est de 104 mm. sur 58, tandis que l'édition de 1647 a 111 mm. sur 58. Il existe des exemplaires de l'édition de _Guillaume de Luine_, avec la date de 1653. Nous avons pu nous convaincre à la Bibliothèque Cousin, où nous avons trouvé un exemplaire sous chacune des deux dates, que les deux catégories d'exemplaires appartiennent à une seule et même édition.
53. HERACLIUS EMPEREUR D'ORIENT, Tragedie. Par P. Corneille. _A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests._ M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.
Cette édition doit se composer de 2 ff., 72 pp. et 1 f. blanc.
Voy. la note du no 25.