‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 24 sur 205 · XXIV

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75. DESSEINS || DE LA || TOISON D'OR, || Tragedie. || Representée par la Troupe Royale du Marests, chez Mr le || Marquis de Sourdeac, en son Chasteau du Neufbourg, || pour réjoüissance publique du Mariage du Roy, & de la || Paix auec l'Espagne, & en suite sur le Theatre Royal du || Marests. || _Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Gallerie || des Merciers, || à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, dans la || mesme Gallerie, à la Iustice._ || M. DC. LXI [1661]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 26 pp. (y compris le titre), et 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_.

Le privilége, daté du 27 janvier 1661, est accordé pour dix ans à _Augustin Courbé_, qui déclare y associer _Guillaume de Luyne_. On lit à la fin: _Acheué d'imprimer pour la premiere fois le 31. Ianuier 1661, à Roüen, par Laurens Maurry_.

Le sujet de _la Toison d'or_, comme celui d'_Andromède_, avait été choisi par les Italiens pour des représentations à grand spectacle. On avait représenté sur le théâtre des Saints-Jean-et-Paul, à Venise, en 1642, un «drame ou fête théâtrale», d'Orazio Persiani, dont Marco Marazzoli avait écrit la musique, et qui était intitulé: _Amori di Giasone e d'Isifile_ (Venezia, per Antonio Bariletti, 1642, in-12). Cette pièce, que nous n'avons pas sous les yeux, pourrait bien avoir été mise entre les mains de Corneille par les machinistes italiens ou par le marquis de Sourdéac lui-même, lorsqu'il vint trouver l'auteur du _Cid_ pour lui demander une tragédie mêlée de musique qui pût être représentée au château de Neufbourg. Ce gentilhomme, que Tallemant des Réaux nous représente comme un «original», voulait célébrer sur ses domaines, avec une pompe inusitée, le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse. Le mariage royal, arrêté lors de la paix des Pyrénées (6 novembre 1659), ne fut célébré par procuration que le 3 juin 1660, mais c'est vraisemblablement dès la fin de l'année 1659 que le marquis de Sourdéac conçut l'idée de sa représentation. Il commença aussitôt les préparatifs de la fête projetée, mais il faillit ne pouvoir s'entendre avec Corneille. «Il a, dit Tallemant (_Historiettes_, édit. Paulin Paris, t. VIIe, p. 370), de l'inclination aux méchaniques; il travaille de la main admirablement: il n'y a pas un meilleur serrurier au monde. Il luy a pris une [fantaisie de] faire joüer chez luy une comedie en musique, et pour cela il a fait faire une salle qui luy couste au moins dix mille escûs. Tout ce qu'il faut pour le theatre et pour les sieges et les galeries, s'il ne travailloit lui-mesme, luy reviendroit, dit-on, à plus de deux fois autant. Il avoit pour cela fait faire une piece par Corneille; elle s'appelle _les Amours de Médée_; mais ils n'ont pu convenir de prix. C'est un homme riche et qui n'a point d'enfans. Hors cela, il est assez oechonome.»

L'affaire se raccommoda pourtant, et la représentation eut lieu au château de Neufbourg, au commencement de l'hiver de 1660. Le marquis de Sourdéac fit ensuite don de ses machines aux comédiens du Marais, qui les installèrent sur leur théâtre. Voici ce que dit Loret, dans sa lettre du 1er janvier 1661:

Les Comédiens du Marest Font un inconcevable aprest, Pour joüer, comme une Merveille, Le _Jazon_ de Monsieur Corneille.

La représentation n'eut lieu que six semaines plus tard, et Loret nous en rend compte longuement dans sa lettre du 19 février:

_La Conqueste de la Toizon_ Que fit, jadis, défunt Jazon, Piéce infiniment excellente, Enfin, dit-on, se reprézente Au Jeu de Paume du Marais, Avec de grandissimes frais. Cette Piéce du grand Corneille, Propre pour l'oeil et l'oreille, Est maintenant, en vérité, La merveille de la Cité, Par ses Scènes toutes divines, Par ses surprenantes Machines, Par ses concerts délicieux, Par le brillant aspect des Dieux, Par des incidens mémorables, Par cent ornemens admirables, Dont Sourdiac, Marquis Normand, Pour rendre le tout plus charmant, Et montrer sa magnificence, A fait l'excessive dépence, Et si splendide sur ma-foy, Qu'on diroit qu'elle vient d'un Roy. J'aprens que ce rare spectacle Fait à pluzieurs crier miracle, Et je croy qu'au sortir de là On ne plaindra point, pour cela, Pistole, ny demy-pistole, Je vous en donne ma parole.... etc.

Ce ne sont pas les seules louanges que Loret donne à la pièce de son compatriote. Il revient sur le même sujet le 3 décembre 1661, le 14 janvier et le 18 février 1662 (voy. Marty-Laveaux, t. VIe, pp. 226 sqq.).

Nous ne savons rien de la musique de la _Toison d'or_, mais elle ne peut avoir été composée que par un des quatre musiciens alors célèbres: Dassoucy, Cambert, Lambert ou Boesset. Dassoucy avait composé la musique d'_Andromède_, mais il s'était tellement perdu de réputation depuis, qu'il est difficile de croire que Corneille ait encore voulu travailler avec lui. Cambert (né en 1628, mort en 1677) composa, en 1661 et en 1662, deux opéras, dont Perrin avait écrit les paroles: _Ariane_ et _Adonis_, mais il ne put les faire représenter, ce qui prouve qu'il n'était pas alors en grande vogue. Lambert et Jean-Baptiste Boesset, fils d'Antoine Boesset, le musicien de Louis XIII, jouissaient au contraire de la faveur publique, et l'on retrouvera peut-être un jour dans les ouvrages imprimés ou manuscrits de l'un ou de l'autre des fragments de la partition qui nous occupe. La complaisance avec laquelle Loret nous parle de Boesset, dans sa lettre du 20 janvier 1663, nous montre quelle était la réputation de ce musicien à l'époque de la représentation de la _Toison d'or_. Il s'agit d'un service funèbre célébré à Saint-Denis, en l'honneur de Madame:

La muzique de la Chapelle, de la Chapelle du Roy. Digne d'une gloire immortelle, Et celle de la Chambre, aussy, Que, par un noble et beau soucy, Le sieur Boisset, Homme trés-rare. Qu'avec justice l'on compare Aux Amphions du temps passé, Etant dans son Art bien versé, A, de belle et bonne maniére, Remize en sa splendeur premiére, Ces deux grandes Muziques, donc, Admirables, s'il en fut onc, Avec des douceurs sans-pareilles, Charmérent toutes les oreilles, En commençant par un Motet Compozé par ledit Boisset, Par où, toute la Compagnie Admira son divin génie, Trés-propre à faire de beaux Airs Pour de mélodieux Concerts.

Les décorations de la _Toison d'or_ ne furent pas gravées comme celles d'_Andromède_, mais, au dire des contemporains, elles les surpassèrent encore en splendeur (voy. _le Théatre François_, par Chapuzeau, p. 52).

Le programme auquel Corneille a donné le nom de _Desseins_, a dû être imprimé avec une grande hâte. Le privilége n'est que de quatre jours antérieur à l'achevé d'imprimer, bien que l'impression se fit à Rouen. Les exemplaires purent arriver à temps à Paris pour être distribués aux spectateurs le jour de la première représentation.

Les seuls exemplaires des _Desseins_ qui aient été cités jusqu'ici sont ceux de la Bibliothèque nationale (Y. 5969. A), et deux autres exemplaires contenus dans des recueils de la Bibliothèque de Pont de Veyle (Catalogue de 1847, nos 1810 et 1813).

76. DESSEINS DE LA TOISON D'OR, Tragedie. Representée par la Troupe Royale du Marais, chez Mr le Marquis de Sourdeac, en son chasteau du Neufbourg, pour reiouissance publique du Mariage du Roy et de la Paix auec l'Espagne, et ensuite sur le Theatre Royal du Marais. _A Paris, Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Galerie des Merciers, à la Palme._ M. DC. LXI [1661]. In-8.

Édition citée par M. Marty-Laveaux, t. XIIe, p. 531. Il ne nous a pas été possible d'en trouver un exemplaire.

77. LA || TOISON D'OR, || Tragedie. || Representée par la Troupe Royale du || Marests, chez Mr le Marquis de Sour- || deac, en son Chasteau du Neufbourg, || pour réjoüissance publique du Mariage || du Roy, & de la Paix auec l'Espagne, || & en suite sur le Theatre Royal du || Marests. || _Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, dans la mesme Gallerie, || à la Iustice._ || M. DC. LXI [1661]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 105 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; 1 f. de titre; 3 ff. pour l'_Argument_; 1 f. pour la liste des _Acteurs_.

Le privilége commence au verso de la page 105, et occupe le recto du feuillet suivant. Il est accordé à _A. Courbé_, qui déclare y associer _G. de Luyne_, et daté du 27 janvier 1661. Il y est dit que Courbé pourra «faire imprimer, vendre et debiter en tous les lieux de l'obeïssance de sa Majesté, une Tragédie composée par le sieur P. Corneille, intitulée _la Conquête de la Toison d'Or, Avec les Desseins de ladite Piece_, en telles marges et tels caracteres, en un ou plusieurs volumes, et autant de fois qu'il voudra, durant dix ans entiers, à compter du jour que ladite Tragedie sera achevée d'imprimer pour la premiere fois.» Cet achevé d'imprimer est daté du 10 mai 1661.

C'est dans la première scène du Prologue de cette tragédie qu'on trouve ces vers bien connus:

A vaincre tant de fois, mes forces s'affoiblissent: L'Etat est florissant, mais les Peuples gemissent; Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits, Et la gloire du Trône accable les Sujets.

Campistron imita ce passage dans la seconde scène du second acte de _Tiridate_:

Je sais qu'en triomphant les Etats s'affoiblissent; Le Monarque est vainqueur, et les Peuples gémissent: Dans le rapide cours de ses vastes projets, La gloire dont il brille accable les Sujets;

mais au XVIIIe siècle, l'on avait encore moins de liberté qu'au XVIIe; les vers de Corneille, remaniés par Campistron, furent jugés séditieux; le poëte dut les supprimer. (Voy. l'_Éloge de Campistron_, dans les _OEuvres_ de d'Alembert, édit. Belin, t. IIe, p. 578.)

Vendu: 205 fr., mar. r. (_Thibaron-Échaubard_), Huillard, 1870 (no 597).

78. LA TOISON D'OR, Tragedie. Par P. Corneille. _A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux et Forets._ M.] DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. in-12.

Cette édition doit compter 2 ff., 94 pp. et 1 f. Voy. ci-dessus, no 25.

79. LA TOISON D'OR, Tragedie en Machines de M. de Corneille l'Aisné. _A Paris, chez V. Adam_, 1683, in-4.

Nous n'avons pu retrouver cette édition, dont les recueils de Pont de Veyle vendus en 1847 contenaient deux exemplaires (nos 1809 et 1813 du Catalogue), et dont un troisième exemplaire a été adjugé à M. Techener pour la modique somme de 2 francs, lors de la vente des livres de M. Giraud, en 1855 (no 1646 du Catalogue). Nous savons seulement que c'est un simple programme, précédé d'un prologue en vers par La Chapelle. La pièce avait été remise à la scène le 9 juillet 1683, avec des décorations nouvelles du sieur Durfort, qui avait déjà exécuté celles d'_Andromède_ l'année précédente. Voici en quels termes les _Anecdotes dramatiques_ (Paris, veuve Duchesne, 1775, t. IIe, p. 233) nous parlent de cette reprise:

«A une reprise de cette pièce, en 1683, la Chapelle y ajouta un Prologue; et les Comédiens, pour lui marquer leur reconnoissance, résolurent, dans une assemblée, de lui faire présent de quinze louis d'or, qu'ils lui envoyèrent par un de leurs camarades. A la dixième représentation de cette reprise, les Comédiens interrompirent le Spectacle, étant informés que la Reine venoit de mourir; et ils firent rendre l'argent à la porte.»

Il serait très-désirable que le programme de 1683 pût être retrouvé. Il contient sans nul doute des changements analogues à ceux que nous avons signalés ci-dessus (no 59) dans le programme d'_Andromède_ de 1682.