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Chapitre 3 Ma chatte

Blanche, onduleuse et souple, ma chatte aux yeux de phosphore vert, rôde silencieusement par la maison. Elle fait encore moins de bruit que l’horloge. Elle marche avec nonchalance et grâce ; son pas prudent se pose avec lenteur et majesté : on dirait que chacune de ses pattes foule un tapis fabuleusement précieux, et comme ma chatte est méticuleuse plus qu’une ménagère hollandaise, elle a vraisemblablement peur d’y laisser des traces, même de propreté.

Quand, avec des airs de reine langoureuse, comme Jean Lapin, elle a fait tous ses tours, fureté derrière toutes les portes, examiné le dessous de tous les lits, taquiné chaque portière de ses griffes innocentes et sauté sur quelque meuble à miroir, ma chatte, scandant de sa queue traînante on ne sait quel rythme intérieur, vient s’accroupir au milieu de la chambre, les pattes de derrière pliées sous elle, et celles de devant frileusement ramenées sur sa poitrine chaude. Elle ferme un œil complètement et l’autre à demi, de sorte qu’elle voit ce qui se passe par une fente d’émeraude. Mais avant de s’endormir, elle lèche et relèche de sa langue rose comme une tranche de radis la fourrure immaculée de son ventre gras.

Il ne faut jamais dire : « La chatte dort », mais : « La chatte a l’air de dormir », même quand elle ronronne comme tictacque un moulin en pleine activité. Son sommeil ressemble à ses griffes rentrées et sorties instantanément. Elle joue du sommeil avec les rats, en comédienne consommée qui a toujours le dernier mot dans le premier rôle.

Le moindre bruit lui fait dresser l’oreille et ouvrir un peu plus l’œil qui l’est toujours un peu. Elle se dresse lentement, languissante et douce, et la ligne de son corps est un mystère de beauté, et la lumière de ses yeux un problème profond. Quelle âme obscure habite cette forme parfaite qui mendie la caresse, qui se frôle en miaulant d’amour et qui pleure comme un enfant ?

De tous les animaux, le plus énigmatique est le chat ; on l’a souvent comparé au sphinx, et pour cause. Il a l’apparence de toutes les vertus, et tous les vices logent en lui. Il est hypocrite, voleur, égoïste, etc. ; mais il possède plus que tout autre le charme qui fait aimer. Les soins minutieux qu’il donne à sa belle toison inclinent à croire que s’il connaissait son âme, il la plongerait chaque jour dans un bain de perfection. Ses instincts seraient purs comme ses dents sont blanches.

Ma chatte, elle, est de race supérieure. Jamais je n’ai eu la moindre faute à lui reprocher. Elle a été élevée dans les bons principes, la délicatesse et la distinction. En fille noble qu’elle est, elle a trouvé tout de suite à son goût l’éducation dont furent nourris ses jeunes ans. Car elle est née dans ma maison, y a grandi, et présentement y vieillit, ayant pour règles de conduite, comme dans sa plus tendre enfance, les exemples admirables de son bon maître.

C’est ce qui vous explique…

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