Chapitre 7 Le moineau
Mon ami est parti pour la campagne avec un fusil.
Ce n’est pas un homme sanguinaire ; il tue, parce que c’est l’habitude, en automne, de massacrer les gentils oiseaux de nos bois. Il a une préférence marquée pour la plume. Un beau coup de fusil l’émeut autant qu’un beau vers. Il extermine sans remords, détruisant sans méchanceté.
Pourtant, s’il réfléchissait, – mais un chasseur réfléchit-il ? – je suis certain que ce carnage lui inspirerait quelque pitié, sinon un grand dégoût. Pour moi, je n’approuve pas que l’on tue les bêtes qui sont jolies. La grâce a partout ses charmes, et seul un barbare peut s’y montrer insensible. Mon ami est l’homme le plus doux du monde, et cependant il assassine : ô contradiction de la nature humaine !
Moi qui vous écris, j’ai chassé tout un été dans les rues de la ville, sous la vigilante protection de la police. Le gibier n’était pas d’une abondance extrême, non ; mais l’occasion, quelque cheval propice, et je pouvais faire glorieusement chanter la poudre de ma carabine à air. Je visais froidement ces petites choses d’un gris poussiéreux, qui sautillent et crient sans cesse, – les moineaux, puisqu’il faut les appeler par leur nom, les moineaux qui n’ont d’ailées… que leurs ailes. Car s’il fallait parler de leurs instincts batailleurs, jaloux, égoïstes et pillards, le moins qu’on en pourrait dire est qu’ils sont bien terre-à-terre.
Et quelle gent malpropre ! Les moineaux ont toujours le bec crotté, picorant sans répit l’ordure fraîche, et sous prétexte de se laver, ils se salissent voluptueusement dans l’eau boueuse des flaques ! Ils sont malséants au possible. Ils commettent de caustiques incongruités à votre nez, quand ce n’est pas sur votre chapeau. Ils ont parfois du fumier jusque dans les yeux ; c’est leur plaisir à eux de s’en fourrer partout !
Le jour où il n’y aura que des automobiles, ils se verront réduits à la plus hygiénique propreté, dont ils mourront. À ce propos, j’ai ouï dire qu’un savantissime vieux moineau, à la vue longue, cherche depuis des années la solution de ce grave problème. Espérons qu’il ne trouvera rien !
Car à quoi le moineau sert-il dans les villes ? Pas d’ornement, sans doute, bien qu’il en mette partout. À vrai dire, il ne serait pas laid, s’il était plus soigneux de son habit et de son visage. De ce côté, son éducation est complètement à faire. Il est bohème par nature, et quand il semble lustrer son plumage, ne vous y trompez pas : il se gratte ! Et puis, pour l’amour de l’Art, si l’un de nos bons maîtres consentait à lui donner quelques leçons de chant !…
Malgré tout, cet animal est peut-être perfectible, et je me demande aujourd’hui si je n’ai pas eu tort de le cribler de plombs meurtriers, d’autant plus que pour le maltraiter à mort je n’ai jamais eu l’excuse de la faim.
À son retour, j’en parlerai à mon ami.
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